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Vendredi 1 avril - 01h20
"Florence est seule." "Florence
n’est pas avec Hussein parce qu’on est dans un pays
arabe." Ce sont les paroles de Serge July à la fin
de l’émission de FR3 consacrée à la
prise d’otages de Chesnot et Malbrunot, "Pièces
à conviction".
Du film présenté, j’ai surtout retenu qu’Hussein
Hanoun al-Saadi avait été "contact" au
tout début de l’affaire Chesnot-Malbrunot. J’espère
donc que ce soir il est bien toujours vivant. Et j’ai repensé
à ce qu’avait écrit Iskander Debbache, un
mois avant qu’une K7 vidéo ne montre Florence vivante
(lire ici).
Mardi 29 mars - 07h45
Totalement extraordinaire le comportement des
médias télévisés hier soir à
propos d’un nouveau tremblement de terre en Indonésie.
Aucun recul, dramatisation à outrance, images d’archives
en boucle…
Une des perles revient à TF1 qui a 20h09, annonce : "la
Thaïlande qui a déclenché un alerte au tsunami
il y a quelques minutes… quelques heures après le
séisme". Que le présentateur travaille dans
l’urgence et en arrive à devoir se reprendre pour
corriger ses mots peut se comprendre, mais là, il se reprend
pour dire une énormité!
La violence du tremblement de terre est aussi énoncée
de façon différente. Sur FR2, à 20h07, il
est énoncé de "8,2 à 8,7" sur l’échelle
de Richter. Sachant que cette échelle est exponentielle,
cela signifie qu’un tremblement de 8,7 est des dizaines
de fois plus puissant qu’une tremblement d’une amplitude
de 8,2. Cette fourchette ne signifie donc rien.
Plus sérieusement, TF1 indique à 20h12 "supérieure
à 8°". Mais à 20h37, TF1 annonce une valeur
de 8,2 alors que la chaîne montre des images d’ITV
qui affichent, de façon très lisible, la valeur
de 8,5. FR2, fait d’ailleurs de même à 20h41,
avec les mêmes images d’ITV (diffusées d’ailleurs
simultanément en direct sur CNN) qui a cet instant affiche
"Quake looks to be 8.5", mais le présentateur
de FR2 ne parle peut-être pas anglais.
Au final, le tremblement de terre avait une valeur de 8,7.
La notion d’envoyé spécial mérite aussi
quelques remarques. Prompts à établir des directs
avec l’Indonésie, TF1 et FR2 proposaient des images
avec le nom de leur correspondant et le rajout «envoyé
spécial». A moins qu’ils n’aient voyagé
à la vitesse de la lumière ou que les télévisions
ne soient visionnaires, les correspondants n’étaient
pas «envoyé spécial». Seul FR2 a pris
la peine de préciser (une fois) que son correspondant était
présent à Banda Aceh dans le cadre d’un autre
reportage.
Même précipitation aussi dans les agences où
à l’AFP à 01h14, il est dit que le bilan "ne
peut pas être inférieur à 300 morts"
puis à 02h24 on annonce "Jusqu'à deux mille
personnes pourraient avoir été tuées".
A 06h39, Reuters écrit "pourrait avoir fait un millier
de morts au bas mot", suivi de l’AFP à 07h18
"Les premières informations (…) ne faisaient
pas état de victimes."
En résumé, tout le monde s’est précipité
pour une catastrophe qui au final aura (heureusement) fait moins
de morts qu’une semaine de Sida en Afrique dont personne
n’a parlé depuis une semaine.
Retour à Florence . J’ai traduit
en anglais des centaines de messages pour que des Irakiens les
lisent. Des Irakiens les ont lu, mais aussi des Egyptiens, des
Qataris, des Iraniens. Et… Florence est toujours détenue.
Mille fanfares ont résonné à travers la France,
Serge July est allé à Bagdad, le gouvernement dit
qu’il travaille, des tas de dessinateurs ont fait des tas
de dessins, la photo de Florence s’affiche sur un des blogs
les plus lus d’Irak, sur la façade de plein de mairies.
Et… Florence est toujours détenue.
A part tous ces pourparlers, tous ces dessins, toutes ces notes,
toutes ces paroles, ne peut-on pas faire autre chose maintenant
pour libérer Florence et Hussein? J’ai franchement
la sensation de n’avoir rien fait de concret pour l’aider
et ça me soucie.
Cette question de la détention de Florence
Aubenas que j’ai traité via ce site/blog m’a
permis d’aborder le sujet de la liberté de la presse
avec des membres de ma famille qui, du coup, se sont intéressés
au sujet ou des personnes avec qui je travaille et qui ont visité
le site – et qui y reviennent -, curieux des infos liées
à l’Irak ou à la détention de journalistes
et présentées d’une façon différente
des médias traditionnels. Devant cet intérêt,
j’ai rajouté d’autres contenus. Mais se pose
maintenant le problème de la mise en ligne d’articles
de journaux, fussent-ils commentés ou traduits, au-delà
des quelques jours comme le font leurs éditeurs respectifs.
Pour un article tel que "Les journalistes belges obtiennent
le droit de protéger leurs sources" du Monde, un article
qualifié de "moyen" en terme de taille par le
quotidien, je suis censé devoir acquitter un droit de 480
euros HT si je souhaite le laisser disponible en ligne un an sur
ce site (d’après les droits de reproduction calculés
en ligne par le logiciel CDRomSNI du Monde).
Etant donné que j’ai placé des dizaines d’articles
et des centaines de dépêches concernant la détention
de Florence Aubenas, Giuliana Sgrena, de Viada Hafid et Budiyanto,
d’autres encore et traduits de nombreux articles du New-York
Times notamment, sans compter les blogs irakiens, vais-je me retrouver
à clore ce travail parce que je suis incapable d’en
acquitter les droits, qui, vu le tarif d’un article, doivent
aujourd’hui dépasser les 20.000 euros?
Je suis conscient que celui qui écrit un article se doit
d’en avoir une contribution correcte. Mais le prix de "revente"
d’un article de moins de 400 mots qui ne sera de toutes
façons lu que quelques dizaines de fois, me paraît
extraordinairement élevé, au regard de la rémunération
moyenne d’un journaliste. Comme ce site est gratuit, même
à un euro le droit d’un article, je ne pourrais pas
suivre!
Allez, on va se remonter le moral avec une citation
de Simone Weil: "Ce qu’un pays nomme ses intérêts
… vitaux n’est pas ce qui aide les populations à
vivre, mais ce qui l’aide à faire la guerre"
...!
Jeudi 24 mars - Inquiétudes...
Inquiétude sur Florence Aubenas d’abord,
détenue depuis 78 jours maintenant et Hussein Hanoun Al-Saadi
dont nous ne savons toujours rien. Et quand je lis qu’au
moins 80 insurgés meurent dans une seule attaque
et en un seul endroit, je frémis d’autant que c’est
le type même d’endroit où ils peuvent être
détenus;
Inquiétude aussi pour Ingrid Betancourt, détenue
depuis 1125 jours, et dont les dernières nouvelles du 10
mars, de Raul Reyes, l'un des principaux responsables des FARC,
affirmait, dans un entretien avec l'agence de presse Anncol,
qu’elle était "en bonne santé mais très
inquiète de l'impasse des négociations pour sa libération".
Il indiquait que les conditions militaires actuelles ne lui permettent
pas de fournir aux familles "des preuves de survie des otages".
Inquiétude d’autant plus grande qu’Ingrid Betancourt
n’est pas seule, et que 500 autres personnes sont otages
des FARC;
Inquiétude encore née d’un petit rien, le
texte
que j’ai écrit sur Elmar Husseïnov, qui m’a
fait découvrir la situation de la presse en Azerbaidjan,
une calamité! J’ai imaginé faire un petit
dossier très complet sur la situation azeri, mais à
force de vouloir savoir je croule sous les informations et je
vais y passer des heures;
Inquiétude toujours, suite au texte du 23 mars "d’où
viennent les images d’Irak?" quand j’ai voulu
trouver des images pour les mettre en ligne ici comme j’ai
fait avec ce bloggeur kurde
et que je me suis rendu compte que ce n’est pas ce qui manque,
de telles images, à condition de les chercher, de parler
anglais, espagnol, italien ou allemand… Et elles sont terribles…
Mais je vais quand même les placer.
Inquiétudes aussi quand je découvre que l’AFP
réclame à Google des dommages et intérêts
parce que grâce à cet outil les dépêches
de l’agence sont archivées au-delà de leur
simple consultation. Or ce site est rempli de centaines de dépêches
de l'AFP concernant Florence Aubenas, Giuliana Sgrena et tous
les journalistes dont je parle...
Inquiétudes enfin, quand pour faire un simple reportage
photographique en Algérie sur l’état des cimetières
français, on me demande un accompagnateur et que beaucoup
de zones risquent de m’être tout simplement interdites!
Heureusement, normalement, sur ce dossier, je ne devrais pas avoir
de droit
à l’image à acquitter.
Mercredi 23 mars - D'où viennent
les images que nous avons de l'Irak?
Voilà une question que je me posais depuis
l'an passé. La réponse est venue dans Eclektic,
une émission de Rebecca Manzoni sur France Inter le 22
mars à 09h50, via la chronique d’Olivier Mirguet.
Depuis l'affaire des otages en Irak, les journaux
n'envoient plus de reporters à Bagdad et ne passent plus
de commandes.
OM.: "Et l’Irak devient petit à petit un pays
sans image qui n’a plus d’autre représentation
que celles des attentats, des visages d’otages et des patrouilles
américaines dans les rues de Bagdad. Pourquoi ? Eh bien
tout simplement parce qu’il n’y a plus ou presque
de photographes occidentaux aujourd’hui en Irak. Les journaux
ou magazines n’envoient plus de journalistes et ne passent
plus de commandes à des reporters. Parce qu’en cas
d’enlèvements, eh bien, c’est l’employeur,
donc le journal qui est responsable. C’est bien trop risqué
financièrement. Qui part en Irak ? Eh bien des photographes
indépendants qu’on appelle des free-lance ou des
pigistes et en pleine guerre, ils n’ont ni garantie ni assurance.
Et finalement ils prennent tous les risques. Actuellement, il
n’y a plus que trois français à Bagdad et
ce sont tous des indépendants. Il y a deux photographes
et une rédactrice*.
Je leur ai téléphoné en fin de semaine. Ils
vivent vraiment dans une situation extrêmement difficile.
Ils essayent de sortir tous les jours, de faire des sujets et
évidement c’est très dangereux et surtout
ils ne savent pas s’ils vont réussir à vendre
leurs images aux magazines puisque personne ne leur a passé
de commande. Alors ils n’ont pas voulu que j’enregistre
l’interview par peur d’être reconnus et de servir
de cibles. Et ils ne veulent surtout pas, me disent-ils, passer
pour des héros. Ils disent qu’ils assument les dangers
mais qu’ils aimeraient bien juste pouvoir travailler. Alors
je suis allé voir un autre photographe, il s’appelle
Laurent van der Stockt, c’est un habitué de la guerre
et de l’Irak. Il y est allé une douzaine de fois
depuis deux ans.
OVDS. : Le souci à Bagdad aujourd’hui, c’est
de pouvoir faire son métier. Donc il y a effectivement
encore quelques occidentaux qui rendent en Irak. C'est-à-dire
qu’aller à Bagdad aujourd’hui ou dire je suis
à Bagdad, cela veut surtout dire "je suis dans un
hôtel à Bagdad". Peu d’Occidentaux le
font encore. Y’en a qui le font, ils sortent très
peu et quand ils sortent, c’est dans des espaces extrêmement
réduits. C'est-à-dire à des endroits précis,
à des moments précis et de manière très
précise. Donc on peut difficilement dire qu’on fait
un vrai travail de journaliste à Bagdad. Un photographe
peut encore voler quelques images en prenant des risques mesurés
mais faire un véritable travail journalistique, c’est
devenu impossible.
OM. : Et vous, là-bas, comment vous réussissez à
travailler ?
OVDS.: C’est des cas particuliers. L’été
dernier, je suis encore allé à Nadjaf dans la ville
encerclée pour travailler avec les Irakiens. C’était
un peu après ou pendant le début des enlèvements
fréquents. La dernière fois que j’y suis allé,
c’était en janvier, c’était les élections.
J’ai estimé que je pouvais un peu circuler parce
qu’il y avait cette situation un peu particulière
dans la ville, les voitures interdites, énormément
de policiers et d’armée, donc pendant deux jours,
il y a eu une fenêtre comme ça qui s’est ouverte,
qui m’a permis de circuler en rue alors qu’on pensait
qu’on pourrait pas le faire.
OM.: Et c’est pour ça que vous ne voulez pas y retourner,
là prochainement?
OVDS.: Quand on a commencé à suivre un évènement,
on a toujours envie d’y retourner, donc je continue à
dire, mois après mois, j’irai plus à Bagdad
parce que ça devient trop compliqué, mais effectivement
on y retourne encore, on essaye. Il faut bien se rendre à
l’évidence, le travail que l’on y fait et de
moins en moins intéressant.
Alors, quand on a quand même une situation paradoxale :
d’un côté, Jacques Chirac qui appelle les journalistes
à ne pas partir en Irak et donc les rédactions qui
disent en gros "Oui, il faut y aller" mais qui n’envoient
personne. On peut les comprendre, vu les risques, mais le problème,
c’est que la presse, elle est demandeuse d’images
et qui les fournit? Eh bien les indépendants ou alors les
Irakiens improvisés photographes qui sont formés
par les grandes agences de presse, l’Agence France-Presse,
Reuters, Associated Presse qui leur prêtent des appareils
photos numériques, un ordinateur et qui les envoient sur
le terrain…
OM.: Et qui prennent autant de risques, finalement…
OVDS.: Voire plus de risques et qui sont payés à
la photo, 25 USD la photo, c’est à peu près
le tarif. Donc tout ça, ça pose quand même
le problème du traitement de l’information en Irak,
d’autant que l’on voit de moins en moins d’images
sur l’Irak. Un attentat en dessous de soixante morts, ça
n’intéresse en gros plus les médias français.
Alors il reste évidemment Florence Aubenas, l’angle
par lequel est traité l’Irak actuellement et là,
la presse fait preuve de solidarité, elle en parle, relaie
les infos et ce serait peut-être un peu le moment pour les
médias de penser un peu à ces pigistes. Les associations
de photographes aimeraient bien les voir créer un fonds
de solidarité mais pour l’instant, il n’y a
toujours rien."
*
Début mars, il y avait au moins, en sus, l’envoyée
spéciale du Monde, à Bagdad, Patrice Claude.
>
Lundi 21 mars - 09h00 - La
guerre et la vertu
Il le dit mieux que je ne l’aurais fait…
Richard Werly, dans le Temps, quotidien suisse, édition
du lundi 21 mars 2005. R. Werly a été plusieurs
fois missionné en Irak - voir son journal
de bord.
Kofi Annan "parlait jusque-là de
paix. Le voilà qui parle maintenant des conditions requises
pour autoriser la guerre, voire pour déclencher un conflit
préventif. On saluera la volonté de rupture avec
une ONU faible qui, de la Bosnie à l'Irak en passant par
le Rwanda, a démontré qu'elle ne savait pas imposer
la paix. Mais cette réforme aura un prix. Même armée,
même bardée d'arguments juridiques et de nouvelles
définitions, comme celle proposée sur le terrorisme,
l'ONU ne pourra jamais faire l'économie d'une négociation
politique sur l'intervention militaire qu'elle s'apprête
à mener. Surtout si celle-ci vise à éradiquer
une soi-disant menace. Prétendre allier la guerre à
la vertu peut être porteur d'espoir. Mais il y a, dans cette
promesse, un mensonge aussi tragique que la faiblesse si décriée
de l'organisation. On se réjouit pour ceux que l'ONU ira
peut-être enfin, un jour, libérer au Darfour ou au
Congo parce que le Conseil de sécurité l'aura décidé.
Et l'on pleure pour ceux, de Pékin à Grozny, qui
demeureront hors d'atteinte de ses Casques bleus."
Dimanche 20 mars - 22h30
Voilà 74 jours aujourd’hui que Florence
Aubenas est détenue. C’est le temps qu’avaient
été détenus en 2000 les journalistes de France
2, Jean-Jacques Le Garrec et Roland Madura, retenus par le groupe
islamiste Abu Sayyaf sur l’île indonésienne
de Jolo. Cela fait partie des choses que l’on oublie vite
mais ceux qui sont détenus sont durablement marqués
! N’oublions donc pas que les enlèvements de journalistes
sont bien trop fréquents. Quant à Georges Malbrunot
et Christian Chesnot, ils devraient être embauchés,
respectivement par Le Figaro et France 2. Ils avaient été
détenus 124 jours en Irak l’an passé, alors
qu’ils y étaient en tant que free-lance.
J’ai envoyé à Libération et au Comité
de soutien l’idée d’un concours entre écoles
d’art graphique pour créer des affiches de soutien
en les placardant sur les panneaux d’expression libre. J’ai
donc créé ma première affiche
à partir du dernier numéro de Libé.
Dimanche 20 mars - 19h30
Deux ans donc que la guerre en Irak a débuté.
Soit 690 jours sans nouvelles de Frédéric Nérac,
74 jours sans nouvelles de Florence Aubenas, des dizaines de journalistes
tués, 1505 soldats US tués, des dizaines de milliers
de victimes civiles, toutes choses qui n'auraient pas eu lieu
si les USA s'étaient abstenus de mener cette geurre non
légitime et si un autre moyen avait été trouvé
pour destituer Saddam Hussein ou si la guerre avait été
menée d'une autre façon.
Le temps passe vite. Je crois qu'il est intéressant de
retrouver ce que nos journaux écrivaient il y a deux ans.
J'ai repris à la BBC une revue de presse du 19 mars 2003
(ici).
Si nous avions lutté plus fort contre cette guerre, nous
n'aurions pas aujourd'hui à nous démener pour la
libération de Florence Aubenas. Il a tant d'autres choses
à mener: lutter contre le Sida en Afrique, pour la libération
d'Ingrid Betancourt, la tyrannie de Poutine en Tchétchénie...
Samedi 19 mars - 21h30 - Pourquoi
ce filet de sang déchire-t-il le pétale de ta joue?
Florence n’est pas là. Impossible
de la remplacer mais aussi impossible de rester les bras croisés
en attendant son retour. Je viens de découvrir le texte
lu à l’occasion de la Journée de la femme,
le 8 mars dernier, par une Israélienne devant le Parlement
européen. J’aurai aimé lire ce texte dans
ma presse préférée. Ce n’est pas le
cas. Il semble même qu'aucun journal de langue française
ne l'ait publié, ni même aucun autre journal! Alors
je le place ici car il mérite une large audience, bien
plus large que celle du Parlement européen (des internautes
de 23 nationalités différentes ont déjà
visité ce site...).
Nurit Peled-Elhanan, professeur à l’université
de Jérusalem, a fondé l'association des familles
israéliennes et palestiniennes victimes de violences, le
"Forum des familles endeuillées". C’est
la fille du général Mattitiyahou Peled qui, immédiatement
après la guerre des 6 jours, a milité pour restituer
la Cisjordanie occupée aux Palestiniens. Nurit Peled-Elhanan
a perdu sa fille, Smadar, dans un attentat kamikaze palestinien
en septembre 1997 et a interdit à Benyamin Netanyaou et
aux officiels israéliens de venir à ses obsèques.
Ses deux fils sont refuzniks. Invitée le 8 mars dernier
à s'exprimer devant le Parlement européen, voici
ce qu'elle a déclaré :
"Merci de m'avoir invitée à
cette journée. C'est toujours un honneur et un plaisir
d'être ici, parmi vous.
Cependant, je dois admettre que je crois que vous devriez avoir
invité une femme palestinienne à ma place, parce
que les femmes qui souffrent le plus de la violence dans mon pays
sont les femmes palestiniennes. Et je voudrais dédier mon
discours à Miriam R'aban et à son mari Kamal, de
Bet Lahiya dans la bande de Gaza, dont les cinq petits enfants
ont été tués par des soldats israéliens
alors qu'ils ramassaient des fraises dans le champ de fraises
de la famille. Personne ne passera jamais en jugement pour ce
meurtre.
Lorsque j'ai demandé aux gens qui m'ont invitée
ici pourquoi ils n'invitaient pas de femme palestinienne, leur
réponse a été que cela rendrait la discussion
"trop localisée".
Je ne sais pas ce qu'est la violence non localisée. Le
racisme et la discrimination peuvent être des concepts théoriques
et des phénomènes universels, mais leur impact est
toujours local, et bien réel. La douleur est locale, l'humiliation,
les abus sexuels, la torture et la mort sont tous très
locaux, de même que les cicatrices.
Il est malheureusement vrai que la violence locale
infligée aux femmes palestiniennes par le gouvernement
d'Israël et l'armée israélienne s'est étendue
sur toute la planète. En fait la violence d'Etat et la
violence de l'armée, la violence individuelle et collective,
sont le lot des femmes musulmanes aujourd'hui, pas seulement en
Palestine mais partout où le monde occidental éclairé
pose son grand pied impérialiste. C'est une violence qui
n'est presque jamais abordée et que la plupart des gens
en Europe et aux Etats-Unis excusent du bout des lèvres.
C'est ainsi parce que le soi-disant monde libre a peur de l'utérus
musulman.
La grande France de la Liberté, l'Egalité
et la Fraternité (en français
dans le texte original en anglais. NDA) est effrayée
par des petites filles avec des foulards sur la tête, le
Grand Israël juif a peur de l'utérus musulman que
ses ministres qualifient de menace démographique. L'Amérique
toute-puissante et la Grande-Bretagne contaminent leurs citoyens
respectifs avec une crainte aveugle des Musulmans, qui sont dépeints
comme vils, primitifs et assoiffés de sang - en plus d'être
non démocratiques, chauvins/ machistes et des producteurs
en masse de futurs terroristes. Cela en dépit du fait que
les gens qui détruisent le monde aujourd'hui ne sont pas
musulmans. L'un d'entre eux est un Chrétien dévot,
l'un est Anglican et l'autre est un Juif non pieux.
Je n'ai jamais vécu la souffrance que
les femmes palestiniennes subissent tous les jours, toutes les
heures, je ne connais pas le genre de violence qui fait de la
vie d'une femme un enfer constant. Cette torture physique et mentale
quotidienne des femmes qui sont privées de leurs droits
humains fondamentaux et de leurs besoins fondamentaux d'une vie
privée et de dignité, des femmes dont on entre par
effraction dans la maison à toute heure du jour et de la
nuit, à qui on ordonne sous la menace d'une arme de se
mettre nue en se déshabillant devant des étrangers
et devant leurs propres enfants, dont les maisons sont détruites,
qui sont privées de leurs moyens d'existence et de toute
vie de famille normale. Ceci ne fait pas partie de mon épreuve
personnelle. Mais je suis une victime de la violence contre les
femmes dans la mesure où la violence contre les enfants
est en fait une violence contre les femmes. Les femmes palestiniennes,
irakiennes, afghanes sont mes soeurs parce que nous sommes toutes
prises dans l'étreinte des mêmes criminels sans scrupules
qui se désignent comme les dirigeants du monde éclairé
libre et qui, au nom de cette liberté et de ces lumières,
nous volent nos enfants. De plus, les mères israéliennes,
américaines, italiennes et britanniques ont été,
pour la plupart, violemment aveuglées et décervelées
à un point tel qu'elles ne peuvent pas se rendre compte
que leurs seules soeurs, leurs seules alliées dans le monde
sont les mères musulmanes palestiniennes, irakiennes ou
afghanes dont les enfants sont tués par nos enfants ou
qui se font exploser en morceaux avec nos fils et nos filles.
Elles sont toutes infectées par les mêmes virus engendrés
par les politiciens. Et les virus, bien qu'ils puissent avoir
divers noms illustres comme Démocratie, Patriotisme, Dieu,
Patrie, sont tous les mêmes. Ils font tous partie d'idéologies
fausses et truquées qui ont pour intention d'enrichir les
riches et de donner du pouvoir aux puissants.
Nous sommes toutes les victimes de la violence
mentale, psychologique et culturelle qui fait de nous un seul
groupe homogène de mères endeuillées ou potentiellement
endeuillées. Les mères occidentales à qui
on apprend à croire que leur utérus est un atout
national tout comme on leur apprend à croire que l'utérus
musulman est une menace internationale.
On les éduque pour qu'elles ne s'exclament pas : «
Je lui ai donné naissance, je lui ai donné le sein,
il est à moi et je ne le laisserai pas être celui
dont la vie vaut moins que le pétrole, dont l'avenir a
moins de valeur qu'un lopin de terre".
Chacune d'entre nous est terrorisée par
une éducation qui infecte l'esprit pour que nous croyions
que tout ce que nous pouvons faire c'est soit prier pour que nos
fils reviennent à la maison ou être fières
de leurs corps morts.
Et nous avons toutes été élevées
pour supporter tout ceci en silence, pour contenir notre crainte
et notre frustration, pour prendre du Prozac pour l'anxiété,
mais jamais acclamer Mère Courage en public. Ne jamais
être de vraies mères juives ou italiennes ou irlandaises.
Je suis une victime de la violence d'Etat. Mes
droits naturels et civils en tant que mère ont été
violés et sont violés parce que j'ai à craindre
le jour où mon fils atteindra son dix-huitième anniversaire
et me sera enlevé pour être l'instrument du jeu de
criminels tels que Sharon, Bush, Blair et leur clan de généraux
assoiffés de sang, assoiffés de pétrole,
assoiffés de terre.
Vivant dans le monde dans lequel je vis, dans
l'Etat dans lequel je vis, dans le régime dans lequel je
vis, je n'ose pas offrir aux femmes musulmanes quelque idée
que ce soit sur la manière de changer leurs vies. Je ne
veux pas qu'elles enlèvent leurs foulards ou éduquent
leurs enfants différemment, et je ne les presserai pas
de constituer des Démocraties à l'image des démocraties
occidentales qui les méprisent elles et les gens de leur
sorte. Je veux juste leur demander humblement d'être mes
soeurs, exprimer mon admiration pour leur persévérance
et leur courage de continuer, d'avoir des enfants et de maintenir
une vie de famille pleine de dignité en dépit des
conditions impossibles dans lesquelles mon monde les met. Je veux
leur dire que nous sommes toutes liées par la même
douleur, nous sommes toutes les victimes des mêmes sortes
de violences même si elles souffrent bien davantage, parce
que ce sont elles qui sont maltraitées par mon gouvernement
et son armée, avec l'aide de mes impôts.
L'islam en soi, comme le judaïsme en soi
et le christianisme en soi, n'est pas une menace pour moi ou pour
qui que ce soit. C'est l'impérialisme américain,
c'est l'indifférence et la coopération européennes,
et le régime israélien raciste et cruel d'occupation
qui en sont une. C'est le racisme, la propagande dans l'éducation
et la xénophobie inculquée qui convainquent les
soldats israéliens d'ordonner aux femmes palestiniennes,
sous la menace des armes, de se déshabiller en face de
leurs enfants pour des raisons de sécurité, c'est
le manque de respect le plus profond pour l'autre qui permet aux
soldats américains de violer des femmes irakiennes, qui
donne une licence aux geôliers israéliens pour garder
des jeunes femmes dans des conditions inhumaines, sans les aides
hygiéniques nécessaires, sans électricité
en hiver, sans eau propre ou matelas propres et pour les séparer
de leurs bébés et de leurs tout-petits nourris au
sein. Pour leur barrer la route vers les hôpitaux, pour
bloquer leur chemin vers l'éducation, pour confisquer leurs
terres, pour déraciner leurs arbres et les empêcher
de cultiver leurs champs.
Je ne peux pas complètement comprendre
les femmes palestiniennes ou leur souffrance. Je ne sais pas comment
j'aurais survécu à une telle humiliation, à
un tel manque de respect de la part du monde entier. Tout ce que
je sais est que la voix des mères a été étouffée
pendant trop longtemps sur cette planète dévastée
par la guerre. Le cri des mères n'est pas entendu parce
que les mères ne sont pas invitées aux forums internationaux
comme celui-ci. Cela je le sais, et c'est très peu. Mais
c'est assez pour que je me souvienne que ces femmes sont mes soeurs
et qu'elles méritent que je crie pour elles et me batte
pour elles. Et quand elles perdent leurs enfants dans des champs
de fraises ou sur des routes crasseuses près des check
points, quand leurs enfants sont abattus sur le chemin de l'école
par des enfants israéliens qui ont été élevés
pour croire que l'amour! et la compassion s'exercent en dépendant
de la race et de la religion, la seule chose que je puisse faire
est de me tenir à leurs côtés et à
ceux de leurs bébés trahis et de demander ce qu'Anna
Akhmatova, une autre mère qui a vécu dans un régime
de violence contre les femmes et les enfants, avait demandé
: Pourquoi ce filet de sang déchire-t-il le pétale
de ta joue?"
>
Vendredi 18 mars - 12h00
Un avis intéressant, celui de Jean-Noël
Cuénod publié aujourd'hui dans la Tribune de Genève:
"Enquête Stern: vers un monopole de l’image?"
"Tout d'abord bravo! Le travail fourni par la Brigade
criminelle sous la direction du juge d'instruction Michel-Alexandre
Graber est exemplaire. Elucider de façon si nette et en
si peu de temps une enquête aussi médiatique que
celle de la mort du banquier Stern relève de l'excellence.
En revanche, le choix établi par le juge d'instruction
de privilégier la télévision est critiquable.
Il a accordé à la chaîne romande une interview
qu'il refusait à la presse. Qui n'a eu droit qu'à
un communiqué de presse laconique. Habituellement, lorsqu'un
grand nombre de reporters s'activent sur le même sujet brûlant,
la justice organise des conférences de presse afin que
chaque journaliste puisse poser ses questions. Cela relève,
non seulement de l'égalité de traitement mais aussi
de la fiabilité de l'information diffusée. Le cas
de l'affaire Stern est, à cet égard, éclairant.
Une agence de presse internationale a livré, mercredi après-midi,
le nom de la suspecte. Il se trouve que cette identité
n'était pas la bonne. D'où de graves inconvénients.
Certes, l'erreur a été corrigée. Mais elle
aurait pu l'être promptement, si la question avait tout
de suite été posée lors d'une conférence
de presse.
A l'avenir, il serait bon de ne plus recourir à ce monopole
de l'image."
Une réflexion intéressante à méditer
dans les écoles de journalisme... Reste cependant à
savoir si le banquier a bien été assassiné
tel que décrit par la justice ou s'il ne s'agit pas d'un
meutre très habilement déguisé?
>
Jeudi 17 mars - 19h40
L'information et l'analyse ont-elles pour de
bon cédé le pas au racolage commercial et à
la morale?
La question
est posée dans le dernier numéro de "Manière
de Voir" et rien que pour cela, cela vaut le coup d'acheter
cette édition.
Je n'écoute que la radio ces derniers temps, et par ce
que j'entends, j'ai l'impression que l'on retombe dans l'oubli
pour Florence Aubenas...
Lundi 14 mars - 22h30 - Les
USA entrent dans la liste des pays violant la liberté de
la presse...
Non, non, cela n'est pas une blague mais une
dépêche de l'AFP d'aujourd'hui à 21h09! :
Les Etats-Unis ont été inclus dans la liste des
pays du continent américain qui violent la liberté
de la presse pour emprisonner les journalistes refusant de révéler
leurs sources, a indiqué un rapport publié lundi
par la Société
interaméricaine de presse (SIP). Toutefois,
selon la SIP, les présidents cubain Fidel Castro, argentin
Nestor Kichner et vénézuelien Hugo Chavez sont les
principales menaces contre la presse sur le continent.
Approuvé par 350 propriétaires, directeurs et rédacteurs
en chef de journaux du continent américain participant
à l'assemblée générale de la SIP à
Panama, le rapport souligne que la guerre menée en Irak
par les Etats-Unis, le renforcement des mesures de sécurité
dans ce pays et les pressions pour identifier les sources confidentielles
affectent la liberté de la presse. La SIP rappelle que
le 7 octobre dernier un juge fédéral américain
a engagé des poursuites contre la journaliste Judith Miller
du New York Times qui a refusé de révéler
ses sources. Judith Miller attend les résultats de l'appel
contre l'arrestation décidée à son encontre.
Un autre journaliste, Matthew Cooper du magazine Time, a été
condamné à 18 mois de prison et à une amende
de 1.000 dollars pour la même raison. Il a également
fait appel.
A Cuba, rappelle la SIP d'autre part, le gouvernement de Fidel
Castro "maintient depuis 46 ans un monopole à des
fins propagandistes, rejette et réprime les expressions
indépendantes et ignore les demandes internationales de
libération de journalistes emprisonnés". 25
journalistes sont toujours détenus à Cuba, précise
la SIP. La SIP accuse aussi le président argentin "d'actes
nuisibles contre la presse indépendante" et estime
que la liberté d'expression "est sérieusement
menacée". La SIP qualifie d'autre part la loi de responsabilité
sociale de radio-télévision adoptée par l'assemblée
nationale vénézuélienne de "loi scélérate
qui étatise de fait le système de radio et de télévision,
en contrôlant ses horaires, ses programmes et leurs contenus".
Sur ce dernier point, cependant, les attaques contre l'analyse
de la SIP sont nombreuses : en octobre 2003, par le Réseau
d'information & de solidarité avec l'Amérique
latine RISAL,
début mars 2005, par le président argentin Kirchner.
Quoiqu'il en soit, si les Etats-Unis s'y mettent...
>
Dimanche 13 mars - 10h55
Pendant cinquante jours nous n’avons rien
su du devenir de Florence Aubenas. La famille et les amis de Fred
Nerac sont dans l’inconnu de puis bientôt deux ans,
et depuis plusieurs mois les proches de Guy-André Kieffer
sont dans la même situation.
Comme le dit Federico Andreu, «Pour la famille, le disparu
n'est ni en enfer ni au paradis, ni mort ni vivant, il est dans
les limbes. C'est le seul délit où les proches sont
aussi considérés comme victimes, vu les souffrances
qui leurs sont infligées».
Aussi la Commission des droits de l'homme qui s’ouvre demain
en Suisse, à Genève, est-elle importante, ce crime
-qui concerne des dizaines de milliers de victimes et des millions
de familles- n’étant toujours pas puni. Le but des
travaux est donc d’instaurer un outil juridique visant à
condamner ce crime sur le plan international. Soixante quatorze
pays sont concernés, dont certains sont au firmament de
l’actualité (ou devraient l’être!): Népal,
Tchétchénie, Russie, Algérie, Congo, Irak,
…
Moment particulier hier soir où j’ai
pris la parole devant près de 500 personnes -pas facile
d'être sous le feu des projecteurs...- pour appeler à
ne pas oublier Florence Aubenas, Hussein Hanoun Al-Saadi et Ingrid
Bettancourt lors d’un spectacle musical. Après le
spectacle, des gens que je ne connaissais pas sont venus me voir
pour me dire des tas de petites phrases «C’est très
bien ce que vous avez dit», «ça, ce sont vraiment
des choses importantes», «Il fallait le dire, merci
de l’avoir dit », …
Puisse ces spectateurs avoir pris conscience de la nécessité
de défendre la liberté de la presse. Puisse Florence
Aubenas avoir entendu le bruit fait par ces 1000 fanfares !
>
Vendredi 11 mars - 16h10 - Question de chiffres
Dans son édition datée du 11 mars,
Le Monde indique en page 3, sous le titre “Plusieurs attaques
et attentats font 34 morts en Irak”, que "34 personnes
ont été tuées, mercredi 9 mars et jeudi matin
10 mars en Irak, dont quatre dans un attentat-suicide
à Bagdad et trois policiers lors d’une embuscade
dans la capitale. Dans l’ouest du pays, près de Qaïm,
sur la frontière syrienne, 30 corps criblés de balles
ont été découverts. Cinq rebelles ont en
outre été tués et cinq autres blessés
dans des affrontements avec des soldats irakiens dans la région
d’Iskandariyah, à environ 50 km au sud de Bagdad
(…)."
Le titre n’aurait-il dû pas être «64 personnes
ont été tuées …». Car les «30
corps criblés de balles» n’ont pas été
comptabilisés le jour de leur mort puisqu’on ignorait
qu’elles avaient été tuées. Et elles
ne le sont pas plus aujourd’hui puisque qu’elles ne
sont pas mortes aujourd’hui. Alors… elles n’apparaissent
pas dans le titre. Pourtant, «34 morts» et «64
morts», c’est loin d’être la même
chose !
Enfin, puisque c’est une guerre en Irak, les rebelles doivent
être comptabilisés dans les morts. Donc 34 + 30 +
5 = 69 morts. Certains n’y verront peut-être là
qu’un détail. Certes, mais le titre “Plusieurs
attaques et attentats font 34 morts en Irak” et le quatrième
plus gros titre de la page 3 du Monde. Tout lecteur de ce quotidien
le voit immanquablement. “Plusieurs attaques et
attentats font 69 morts en Irak”, plus véridique,
et aussi plus frappant. Car qu’avons-nous fait aujourd’hui
pour éviter cela ?
Sur cette même page, un article
traite de la situation au Népal, un sujet dont j’ai
déjà parlé ici. Et il se conclut sur une
phrase terrible: “Les villageois, pris en tenaille,
ont tout à craindre d’un conflit qui se déroule
dans des zones où la presse est strictement censurée”.
Saluons donc le courage de Françoise Chipaux, envoyée
spéciale du Monde à Katmandou (et lisez son article
dans le Monde du 11 mars!)
>
Jeudi 10 mars - 19h25 - Jamais dans une
Tchétchénie libre une femme tchétchène
ne sera obligée de porter le voile
A la libération de Giuliana Sgrena, la
mort de Nicola Calipari a entraîné les hypothèses
les plus folles, dont celle qu’on ait vraiment fait feu
sur la journaliste. Cette hypothèse rejetée officiellement
par les autorités américaines –alors que le
général Casey demande 4 semaines pour clore l’enquête
et donner une explication- l'a également été
mardi par le chef de la diplomatie italienne Gianfranco Fini.
Il a jugé cette hypothèse "totalement infondée".
Et pourtant…
En toute impunité, les services russes ont abattu mercredi
l’ancien président tchétchène Aslan
Maskhadov, un homme qui venait d’appeler à l’aide
l’ONU, l’Union européenne et les gouvernements
démocratiques des Pays d’Europe à rompre l’immobilisme
sur la question tchétchène! Un homme qui dénonçait
l’islamisme, les prises d’otages et qui avait dit
« Jamais dans une Tchétchénie libre une femme
tchétchène ne sera obligée de porter le voile
»…
Maskhadov le modéré a donc été assassiné,
les services secrets russes avouent et le monde entier reste silencieux.
Alors devant un tel fait – Maskhadov a été
président-, pourquoi l’armée américaine
n’aurait-elle pas abattu Giuliana Sgrena au motif qu’elle
avait enquêté sur Falloujah et découverts
l’éventuelle utilisation de gaz, utilisation dénoncée
par le président Hugo Chavez, lui aussi menacé de
mort ?
>
Mercredi 9 mars - 22h10
Totalement inimaginable sous nos latitudes télévisuelles,
telle est l’émission diffusée par Al-Iraqiya,
le 24 février dernier : deux «terroristes»
à qui il est reproché des assassinats et des kidnappings
sont interviewés sur un plateau de télévision,
façon tribunal de police, et incriminent directement la
Syrie. L’interviewer insiste vraiment lourdement sur la
notion de «collaboration» avec la Syrie, à
tel point que cela transpire la parodie. Pour un téléspectateur
occidental responsable, l’émission pose plus de questions
qu’elle ne répond à de questions. Alors information
ou intox, manipulation ou réalité ? Chacun sera
juge. J’ai retranscris l’émission.
Des Irakiens pensent que tout cela est bidon (ici).
>
Lundi 7 mars - 09h50
On s’éloigne peut-être un
peu de Florence Aubenas avec cette information : "les
Américains auraient utilisé du gaz moutarde lors
de l’assaut sur Falloujah". (ici)
Si c’est vrai, que fait-on ? Et si c’est vrai, alors
Giuliana Sgrena et Florence Aubenas qui enquêtent sur Falloujah
doivent le savoir… D’où les propos de Giuliana
Sgrena qui pense qu’on lui a tiré dessus volontairement.
Et si c’est faux, pourquoi le ministre irakien de la santé
et Hugo Chavez, président vénézuelien, le
clament-ils? Si c’est faux, pour mentent-ils?
L’une de ces deux assertions est obligatoirement fausse.
Mais laquelle? L'une est vrai. Elle est forcèment terrible.
>
Dimanche 6 mars - 16h05 - Et si?
Et si les soldats US avaient vraiment voulu abattre
Giuliana Sgrena comme elle semble
le dire ou comme le dit son ami?
Et si la détention de Florence Aubenas se faisait sur fond
de règlement de compte politico-mafieux syro-franco-français
comme semble le
dire un journaliste arabe? Et si Al Zarkawi avait vraiment été
arrêté et qu’il soit gardé au chaud
jusqu'à l'installation d'un nouveau gouvernement irakien
comme le dit aujourd'hui le journal Albawaba?
…
Non, voyons, tout cela ne peut pas être sérieux!
Quoique… et si ?
Hmm... voyons, et si on envoyait Didier Julia en protection lors
de la libération de Florence Aubenas? Avec ce qui se passe
sur les routes irakiennes...
>
|
Rajout du 26
mars - 11h10, complété
le 26 mars à 14h30, puis rectifié le 27 mars
à 16h20.
Aurait-on pu tirer volontairement sur Giuliana Sgrena?
Plusieurs éléments plaident en ce sens.
Ce qui s’est réellement passé
à Falloujah nécessite quelques éclaircissements.
Le site d’informations pakistanais HiPakistan publie
le 6 mars une information
qui ne fait l’objet d’aucun démenti :
"Les Etats-Unis ont utilisé du gaz moutarde
en Irak". Le site s’appuie sur des déclarations
du ministre irakien de la Santé et du président
vénézuelien Hugo Chavez. Le président
a déclaré lors de son voyage en Inde début
mars: "Le rapport du ministre indique clairement l’utilisation
de gaz moutarde et de gaz innervant qui ont été
trouvés sur des corps en décomposition dans
la ville où tous les signes de vie, chiens, oiseaux
et plantes ont été détruits" Si
ces assertions sont vraies, il est probable que les responsables
de cela ne souhaitent pas que cela se sache, ou du moins
pas immédiatement.
Le 6 mars, le ministre irakien des Droits de l'Homme, Bakhtiar
Amin, récuse que les militaires américains
aient pu tirer délibérément contre
la voiture qui transportait Giuliana Sgrena. Et le 7 mars,
la Maison Blanche qualifie d'"absurde" l'hypothèse
que des soldats américains aient délibérément
tiré sur Giuliana Sgrena pour essayer de la tuer.
Or la Convention de Genève condamne explicitement
les tirs sur des civils en cas de guerre.
Par le passé, dans des circonstances analogues, une
telle réponse avait déjà été
donnée par les autorités américaines.
Lorsque les Américains tirent un missile, le 22 avril
1999, sur la maison du président yougoslave Slobodan
Milosevic, le porte-parole du Pentagone déclare "qu’il
n’était pas dans nos intentions d’éliminer
Milosevic". Pourtant le tir a eu lieu à 03h00
du matin sur une maison isolée, non située
dans un cas militaire. C’est bien ce que l’on
appelle un tir "délibéré".
Dans le cas de la journaliste italienne, les forces américaines
en Irak ont indiqué avoir tiré "dans
le moteur" or Giuliana Sgrena a été blessée
à l’épaule et Nicola Calipari a reçu
une balle en pleine tête. Et les Italiens circulaient
dans un 4x4 blindé, véhicule où le
moteur est situé plus bas par rapport aux passagers
qu’une voiture habituelle. Les tirs n’ont donc
pas visé le moteur mais bien les passagers. Ce qui
est étonnant s’il s’agit d’une
erreur de tir puisque l’armée américaine
est une armée de métier, donc de personnes
qui savent tirer. Dans ce cas, il pourrait donc bien s’agir
d’un tir "délibéré".
Mais d’autres parlent d’une Toyota Celica louée
à l’aéroport, avec une douzaine d’impacts
seulement (Le Monde du 10 mars). Sur une telle voiture le
risque de toucher les passagers en visant le moteur est
beaucoup plus élevé. D'après cet article,
la voiture roulait à 40 km/h. Impossible donc de
rater sa cible pour un professionnel du tir... Mais si cette
option est vraie, pourquoi Giuliana Sgrena a-t-elle parlé
d’une pluie de balles?
Et le 8 mars, les ravisseurs présumés de Giuliana
Sgrena affirment dans une vidéo diffusée par
des médias italiens que la CIA voulait la tuer. Quel
intérêt pourraient avoir les ravisseurs à
diffuser une telle information?
D’un côté, quatre personnes, qui n’ont
rien en commun, le ministre irakien de la santé,
le président vénézuelien, la journaliste
italienne, les ravisseurs irakiens qui tiendraient des propos
"absurdes" et de l’autre une administration
américaine irréprochable ? Cela pourrait être
le cas si … l’administration américaine
ne s’était pas, par le passé, et bien
trop souvent, lancé dans des opérations "tordues".
Robert Gates, l’ancien directeur de la CIA, dans ses
Mémoires, et Zbigniev Brzezinski dans une interview
au Nouvel Observateur, ont révélé comment
les USA ont manœuvré en Aghanistan pour faire
en sorte que les Russes interviennent en 1979, puis ont
ensuite aidé les Moudjahiddines, puis les Talibans
pour ensuite décider de les renverser, et ce avant
le 11 septembre. Dans leur livre "le 11 septembre,
pourquoi ils ont laissé faire les pirates de l’air",
Peter Franssen et Pol de Vos écrivent, preuves et
citations à l’appui, dont celles de Madeleine
Albright, ministre américain des Affaires étrangères
: "Dans la lutte de l’élite américaine,
les vies humaines ne comptent pas, même s’il
s’agit de millions de gens. On pourrait ajouter :
a fortiori s’il s’agit de seulement 3.049 vies,
à New York et Washington". Je rajoute, a fortiori
pour une "simple" journaliste italienne.
Enfin, au moins 4 journalistes ayant enquêté
sur les réfugiées de Falloujah (Giuliana Sgrena,
Florence Aubenas et deux journalistes irakiens) ont été
soit kidnappés ou en passe de l’être,
soit blessés. Pourquoi ? Enfin le secteur de Falloujah
reste "verrouillé" par l’armée
irakienne. Pourquoi, s’il n’y a rien à
cacher?
Et le 12 mars, le ministre italien de la Justice Roberto
Castelli, membre de la Ligue du nord, parti populiste membre
de la coalition gouvernementale, accuse Giuliana Sgrena
d'avoir "causé d'énormes problèmes
au gouvernement". Pourquoi et quels sont ces problèmes?
Il y a sûrement quelque chose puisqu’un habitant
de Falloujah déclare
dans une interview au New-York Times datée du 26
mars : "Falloujah est sûre, sûre comme
une prison". Et le titre de l’article
du New York Times, signé Robert F. Worth, est on
ne peut plus clair: "Des signes de vie s'affirment
dans Fallujah ravagée"…
Tout cela n’est certes qu’un faisceau de présomptions,
mais il est fort possible qu’il ait été
fait feu volontairement sur Giuliana Sgrena pour ce qu’elle
avait appris sur Falloujah. Et que Florence Aubenas soit
détenue pour cette même raison. |
Samedi 5 mars - 10h10
On prend parfois des routes sans savoir exactement
où cela nous conduit. C’est exactement ce que je
suis en train de faire. Au départ, j’ai voulu compiler
les messages de soutien dans un livre. Ensuite, j’ai voulu
les traduire pour que les Irakiens les lisent. Puis c’est
devenu un site et un blog. Et maintenant, avec les derniers évènements,
voilà que je dois faire deux ou trois mises à jour
quotidiennes et le site a dépassé les 100.000 mots…
Je n'avais pas prévu un tel volume.
>
Jeudi 3 mars - 14h00 -
Avaler des couleuvres?
A t’on le droit de tout faire, tout dire,
tout accepter quand la vie de quelqu’un est en jeu ? Certes
en s’adressant de cette façon théâtrale
à Didier Julia, Jean-Pierre Raffarin m’a scandalisé
et a scandalisé de nombreuses personnes (lire ici).
Lui qui a tant décrié sur l’initiative de
l’automne dernier aurait quand même pu agir autrement
! S’adressait-il ainsi aux ravisseurs? J’ai du mal
à le croire. Comme si les ravisseurs étaient rivés
à leurs écrans cathodiques, s’arrêtant
à une telle déclaration, incapables de lire et d’entendre
toutes les contributions et réflexions de la presse…Alors
à qui? Sûrement pas à la population française.
Je n’ai pas tout compris. Mais je refuse d’avaler
n’importe quoi au prétexte que la vie d’une
personne est en jeu.
>
Mercredi 2 mars - 23h00 -
Une seule logique : témoigner ou être tué
?
Trente-six heures se sont écoulées
depuis que Florence est réapparue. J’ai essayé
de réfléchir avec calme. Pas simple.
Je ne comprends pas ce délai de 10 jours pour étudier
la vidéo. Il ne faut pas tant de temps. Soit, c’est
pour gagner du temps avec les preneurs d’otages, mais je
crois qu’il ne faut pas les prendre pour trop cons, soit
c’est pour gagner du temps face à l’opinion
publique française, et si c’est cela, pourquoi ?
Ensuite, pourquoi avoir caché à l’opinion
publique qu’une information était déjà
parvenue jeudi ?
Ensuite, Didier Julia. Si, comme je l’imagine, Florence
a changé de mains, pourquoi le gouvernement laisse traîner
ce flou ?
Enfin, pourquoi ne pas diffuser la vidéo ? Si les attentats
du 11 septembre n’avaient pas été «
en direct », il n’y aurait jamais eu une telle prise
de conscience du terrorisme. S’il n’y avait pas eu
d’Occidentaux et quelques vidéos à Pukhet,
Banda Atjeh et Ceylan en décembre, la vague de solidarité
aurait été tout autre pour le tsunami. La vidéo
de Florence n’est pas « terrible » comme l’a
été celle de Nick Berg, pas dégradante comme
celle d’Afid ou Budiyanto avec des hommes qui les menacent,
Florence ne pleure pas comme Giuliana Sgrena… Comme dit
Serge July, « c’est douloureux à voir, quelqu’un
qui souffre ». Ca l’est toujours ! Je pense qu’il
faut montrer ces images pour que le public se mobilise. D’ailleurs
je me plaignais de la chute inexorable des messages de soutien
sur les forums, et voilà que hier, 1er mars, plus de 60
messages ont été déposés en une demi-journée
à peine ! Il faut que le public soit conscient des atteintes
aux droits élémentaires de la démocratie.
A quand une manifestation dans Paris, pour Florence, avec 100.000
personnes ? En tout cas, j’avais pris le parti de placer
la vidéo de Florence sur le site mardi en début
de soirée. Des Irakiens l’ont vue. L’aurait-ils
vue autrement ? Et puis, le Nouvel Observateur l’a aussi
mis en ligne. Je crois que c’est nécessaire.
Bien sûr, certains m’ont dit : « On ne peut
pas diffuser ça à la télé …
si des enfants voient cela… ». Je rétorque
: « Oui, eh bien les parents et le présentateur peuvent
expliquer ». Alors on me dit : « Eh si les enfants
sont seuls devant la télé ? ». Alors là,
… ce n’est plus le même problème : si
des enfants sont seuls devant la télé, c’est
un problème de civilisation, d’éducation,
de famille… Ce n’est pas un problème de journalisme
et de diffusion des images. On me dit aussi : « Je ne veux
pas voir ça » … OK, d’accord, mais est-ce
parce qu’on se voile les yeux que la misère, la haine,
la violence, l’exclusion disparaissent ? Paris-Match disait
« le choc des photos ». Oui, certaines images sont
violentes, mais je me demande aussi si on se pose autant de questions
quand il s’agit du sang de pauvres illettrés arabes
ailleurs que sur notre sol national…
Maintenant, la DGSE se pose la question de savoir pourquoi cette
vidéo a été médiatisée…
Et pourquoi ne l’aurait-elle pas été ? Après
tout, c’est normal que les citoyens du monde sachent qu’il
y a des enc**** qui kidnappent, pillent, violent, tuent, escroquent
d’autres citoyens. Cela ne me paraît pas choquant.
C’est presque la question de la DGSE qui me trouble…
Pourquoi se posent-ils cette question ? Parce que c’est
normal pour eux que nous n’ayons pas été avertis
de la précédente vidéo ? Ce n’est pas
comme cela que je vois la démocratie.
J’ai lu un article d’Iskander Debbache,
un journaliste algérien avec qui Florence Aubenas a été
en contact (à lire dans le fil de l’info ici).
Propos très troublant. « Florence enquêtait,
en plus de la précédente prise d'otages des Français
en Irak Georges Chesnot et Christian Malbrunot, non seulement
sur le rôle violemment contesté de Didier Julia et
de la polémique qui en avaient suivi mais également
sur le comportement interlope et très peu convaincant du
ministre français des affaires étrangères
Michel Barnier à l'égard de Didier Julia »,
une phrase écrite le 12 février, bien avant les
derniers évènements.
Que penser de cela ? Iskander Debbache a l’air d’une
« source » fiable.
Aïe, aïe… Et si Florence se retrouvait dans le
cas de Palacios Sanchez, abattu d’avoir dénoncé
(ici)?
Et puis, la position du gouvernement sur Didier
Julia... (lire ici)
Pour sauver Florence, doit-on tout accepter ? Doit-on accepter
de s’associer avec les ennemis d’hier pour avancer
aujourd’hui ? Sacrée question. Spontanément,
je dirais « non ». Tout autour de moi, je n’entends
que des « oui ». Je ne serais pas bon en politique
si c’est le comportement qu’il faut avoir. Saura t’on
un jour la vérité sur Julia ? A la vue de ce que
l’on sait vraiment, comment le juger ?
Florence écrivait dans un article de Libé
publié le 8 février 2001, à propos de l’Algérie
« La sale guerre – Une seule logique : tuer ou être
tué ». Le terrain s’est déplacé,
quelques années ont passé, mais la guerre est toujours
aussi sale. Espérons que Florence ne vivra pas une logique
malheureusement trop d’actualité : « Ne pas
témoigner ou être tué ».
>
Mardi 1 mars - 13h30 -
Florence Aubenas est vivante!
Florence Aubenas est vivante. C’est le
point positif de la cassette parvenue ce matin à Reuters-Baghdad.
Pour les points négatifs, ils sont légion. On ne
parle pas d’Hussein Hanoun. Pourquoi ? Il n’est pas
question de revendication, c’est très bizarre, voire
unique. Florence -qui n’est pas une demeurée- parle
de Didier Julia. Pourquoi lui ? Y a t’il une liaison avec
la position de la France au Liban, et puisque l’on apprend
fortuitement que jeudi dernier un CD-Rom était parvenu
à la famille, Florence n’aurait-elle pas été
échangée entre groupes mafieux, les nouveaux kidnappeurs
ayant à voir avec la Syrie, donc avec Didier Julia ?
Il y a vraiment beaucoup trop d’interrogations qui assombrissent
le fait qu’elle est vivante...!
Transcription de l'interview de Serge
July sur France Inter ici
Interview de Michel Barnier sur France Inter ici
L'info de Reuters à Baghdad ce jour à 06h10 ici
(en anglais)
>
Mardi 1 mars - 11h20
Grosse satisfaction aujourd’hui avec le
site kurde qui a placé l’image de Florence en haut
de sa page ! http://kurdo.blogspot.com/
Génial ! ça me va droit au cœur. Ses propos
sur le cas "Aubenas" sont aussi très sympas.
Au moins, je n’aurai pas perdu mon temps.
Je suis étonné des réactions autour de «mon»
site. Malgré le fait que l’Irak soit un sujet récurrent
de nos bulletins d’informations depuis deux ans et demi,
personne ne s’y intéresse vraiment et les gens sont
étonnés des propos contenus dans les blogs que j’ai
traduit. Cela m’encourage à continuer à traduire
d’autres choses.
Quant au Népal qui n’est pas un sujet d’information
en France, c’est Human Rights Watch qui y dénonce
l’arbitraire et les exécutions sommaires du roi.
L’organisation appelle le roi et l’armée à
cesser leurs pratiques immédiatement (ici)…
Pour l’instant, l’ONU est occupée au Liban.
Le roi doit être tranquille pour un sacré moment
d’autant que personne ne s’intéresse au Népal…
On reparle d’Ingrid Betancourt avec une offre : Un chef
de la guérilla extradé aux Etats-Unis et plusieurs
centaines de combattants contre 63 otages, dont Ingrid Betancourt.
Espoir?
Lundi 28 février
Inéluctable oubli? Aïe, Aïe,
aïe... Même ceux qui devraient être
présents, je pense aux lecteurs de Libération, deviennent
de plus en plus silencieux... Il y a de moins en moins de messages
de soutien sur le forum. Moins de 10 par jour depuis une dizaine
de jours. Il y en avait une vingtaine à la mi-février
et près de 60 au début du mois. Bon, d'accord l'état
du Pape, le projet de Constitution européenne, l'appartement
de Gaymard, les grands froids, mais bon, ce n'est pas une raison.
Bientôt 1500 morts dans l'armée américaine
en Irak. Franchement, est-ce c'est nécessaire de s'étaler
autant sur la santé du Pape ou les erreurs d'un ministre?
La vie est-elle un tel rouleau-compresseur que l'on ait déjà
oublié à ce point Florence?
Et puis 105 morts en Irak (dans un même attentat!!!),
ça passe sur le fil d'info d'AOL après la "spectaculaire
baisse des températures"... ou le fait que le film
de Christophe Barratier n'ait pas été primé
aux Oscars, soit en sixième position à la Une! Qui
choisit ce classement?
Heureusement, lors de cette cérémonie des Oscars,
Isabelle Adjani a tenu à mentionner dans son discours la
journaliste Florence Aubenas, "portée disparue
depuis 51 jours", mais aussi notamment l'otage franco-colombienne
Ingrid Betancourt. "La Nuit des Césars fera je
l'espère du bruit contre l'oubli", a-t-elle déclaré.
Je l'espère aussi!
>
Dimanche 27 février
Extrait d'une dépêche AFP: "Un
journaliste de la télévision américaine de
langue arabe Al-Hurra, Mohammad Chérif Ali, a été
grièvement blessé et son chauffeur tué dans
une attaque vendredi à Iskandariyah, au sud de Bagdad,
selon des médecins." On n'en reparlera plus...
Et 22 morts en Irak le 24, 16 morts le 25 et encore 12 le
26. Et bien sûr, pas de nouvelles de Florence Aubenas!
A la télé, Gaymard a tenté de s'expliquer
sur TF1. Du grand journalisme comme je l'aime: il accuse Paris-Match
de mentir, il se pose en victime et, en face, cette cruche de
Claire Chazal ne fait pas son boulot de journaliste... Quelle
tristesse!
Vendredi 25 février
J'ai déposé un nouveau message
sur le site de Libération:
Florence, Hussein,
J'ai traduit en anglais plusieurs centaines des messages déposés
ici, pour que les Irakiens puissent les lire.
Vous savez peut-être qu'en Irak des bloggeurs publient les
textes qu'on leur envoie ou parlent de vous.
En échange, j'ai traduit des textes irakiens.
J'espère que vos ravisseurs parlent anglais et qu'ils pourront
ainsi comprendre le formidable élan de générosité
qui traverse la France et la gravissime erreur qu'ils font en
s'attaquant au pilier de la liberté que vous êtes!
Revenez-nous vite: il faut que quelqu'un aille délivrer
Ingrid Betancourt... et j'ai pensé à vous.
Quelques mots, au journal de19h00 pour Florence
et Hussein. Ouf!
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Jeudi 24 février
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