Irak : encore un journaliste occidental assassiné : Steven Vincent le 2 août à Bassora
Vendredi 5 août - article publié par Le Monde
Steven Vincent, un journaliste américain indépendant, a été retrouvé assassiné, mardi soir 2 août à Bassora, dans le sud de l'Irak, quelques heures après avoir été enlevé, avec son interprète irakienne, dans la même ville.
"Vers 19 heures mardi, à 50 mètres de mon magasin, j'ai vu une camionnette blanche avec quatre hommes s'arrêter à la hauteur du journaliste et de sa traductrice", a raconté le propriétaire d'un dépôt de matériel de construction. "Les quatre hommes sont descendus du véhicule, ont saisi le journaliste et son interprète et les ont poussés de force dans leur camionnette avant de disparaître dans les rues avoisinantes", a assuré cet homme d'une cinquantaine d'années qui a souhaité garder l'anonymat.
Un réceptionniste de l'hôtel a indiqué que Steven Vincent était sorti vers 18 h 30 pour aller changer de l'argent. "Une demi-heure après son départ, on a appris par des témoins qu'ils avaient été enlevés", a-t-il déclaré. L'hôtel est situé dans la rue Al-Istiqlal, dans le centre de Bassora. La police locale a confirmé ces témoignages. Le corps du journaliste, tué par balles, a été retrouvé dans la même rue, et l'interprète, grièvement atteinte de deux balles, a été hospitalisée, selon Kassem Moussaoui, responsable de la police du service des urgences de l'hôpital général de Bassora.
Steven Vincent, qui se trouvait à Bassora depuis deux mois, selon le lieutenant de police Jaafar Hussein, avait pris l'habitude de s'habiller comme les habitants de la ville, à majorité chiite, pour passer inaperçu. Il portait un bouc et avait la chevelure brune. Il se déplaçait en taxi dans cette ville portuaire épargnée jusque-là par les violences qui secouent surtout le centre du pays. Le jour de son enlèvement, Steven Vincent, 50 ans, portait un T-shirt noir imprimé de la photo de l'imam Hussein, petit-fils de l'imam Ali et figure du chiisme, et avait un chapelet autour du cou, autre signe distinctif des chiites. Selon son "blog", il préparait un deuxième livre sur l'Irak, après un premier ouvrage intitulé In the Red Zone (Dans la zone rouge).
L'ambassade des Etats-Unis en Irak a assuré qu'elle déploierait tous les efforts, avec les autorités irakiennes et l'armée britannique, responsable du secteur militaire de Bassora, "pour découvrir qui est responsable de ce crime haineux".
Steven Vincent a écrit des articles notamment pour les quotidiens The New York Times, The Wall Street Journal et The Christian Science Monitor. Dans son dernier papier pour le New York Times du 31 juillet, il écrivait notamment, citant un officier irakien, que 75 % des policiers de Bassora sont des partisans du chef radical chiite Moqtada Al-Sadr, et déplorait la passivité des Britanniques.
Egypte : menaces contre des journalistes après des plaintes pour violence
Mardi 14 juin - dépêche AFP à 14h15
Des journalistes femmes, qui avaient déposé plainte à la suite de violences infligées par les forces de sécurité lors du vote sur la Constitution fin mai, ont reçu des menaces de l'administration, ont affirmé mardi des organisations de défense des droits de l'Homme.
Le Centre arabe pour l'indépendance des professions de justice (ACIJLP) a exprimé ses inquiétudes à ce sujet, malgré les enquêtes ouvertes par l'administration sur les violences survenues le 25 mai lors du référendum sur la Constitution. "Victimes et témoins ont été menacés et intimidés par la sécurité", a affirmé le centre dans un communiqué. "Les femmes (qui avaient déposé plainte) ont été suivies et harcelées par la police, qui a aussi enregistré tous leurs mouvements alors qu'elles entraient ou quittaient les postes de police", a-t-il ajouté. Nasser Amin, président de l'ACIJLP, a indiqué à l'AFP qu'il allait déposer plainte et demander au procureur général d'assurer la sécurité des victimes.
Des membres de l'opposition et des femmes journalistes ont affirmé avoir été attaqués par des forces de sécurité et des partisans du Parti National Démocrate (PND - au pouvoir) lors du référundum. Une journaliste a affirmé à l'AFP avoir été harcelée par la police, qui lui a donné deux jours pour retirer la plainte qu'elle a déposée contre des responsables. "J'ai été battue et harcelée sexuellement le 25 mai. Maintenant le gouvernement me menace ainsi que ma famille. Je suis suivie dans la rue et des gens ont visité mon domicile à plusieurs reprises", a dit Abir Askari, journaliste à la revue égyptienne Al-Doustour. "Lundi, deux officiers sont venus me voir et m'ont demandé de retirer ma plainte. Ils ont menacé d'arrêter mon père, de faire en sorte que mes frères perdent leur travail, de m'arrêter et même de me tuer si je n'obtempère pas", a-t-elle dit. 
Népal : Une cinquantaine de journalistes arrêtés puis relâchés 24 heures plus tard
Dépêche de l'AFP du 14 juin à 13h27
La police a libéré mardi une cinquantaine de journalistes népalais arrêtés la veille alors qu'ils manifestaient à Katmandou pour obtenir la fin des restrictions imposées aux media depuis le coup de force du roi Gyanendra le 1er février."Les journalistes qui ont été arrêtés ont été libérés mardi", a indiqué un adjoint au chef de la police de la capitale.
"Tous les journalistes arrêtés lundi ont été libérés", a confirmé le président du Club des Reporters du Népal, Rishi Dhamala.Lundi, les reporters membres de la Fédération des journalistes népalais qui voulaient manifester près du palais royal s'étaient brièvement opposés aux policiers avant d'être interpellés."Cette lutte contre la répression de la presse va se poursuivre tant que la liberté de la presse n'est pas rétablie", avait prévenu l'ancien président de la fédération Tara Nath Dahal.La fédération souhaite que le roi Gyanendra lève toutes les restrictions imposées à la presse depuis qu'il a limogé son gouvernement et pris les pleins pouvoirs le 1er février.
La semaine dernière déjà, une cinquantaine de journalistes avaient été arrêtés après s'être rassemblés devant des bâtiments gouvernementaux pour demander au cabinet dirigé par le roi d'autoriser à nouveau les programmes d'information sur les radio FM privées. Ils avaient été libérés le lendemain.L'état d'urgence instauré lorsque le roi a pris les pleins pouvoirs a depuis été levé mais les mesures censurant la presse restent en vigueur. Le droit de manifester contre le roi reste également interdit.Du fait de cette censure, plus de 2.000 journalistes sont sans emploi et plusieurs journaux ont fermé, soit de force, soit en raison de problèmes financiers, selon la fédération.
L'Institut international de la presse, basé à Vienne, a placé en mai le Népal sur la liste des pays où le droit de la presse est en danger.
Gambie : lundi 13/06 à 21h07 - AFP
La veuve du journaliste assassiné Deida Hydara dénonce le régime de Banjul
Marie-Pierre Hydara, la veuve de Deida Hydara, correspondant de l'Agence France Presse (AFP) tué fin 2004 à Banjul, a dénoncé lundi les "mensonges" et "calomnies" contenues dans un rapport d'enquête des renseignements gambiens publié le 6 juin.
Dans sa première déclaration depuis la mort de son mari, publiée par le tri-hebdomadaire The Point, dont Deida était co-directeur, Mme Hydara a déclaré que "les conclusions du rapport étaient basées sur des mensonges malveillants et des calomnies à l'encontre de la victime". "Ce soit-disant rapport n'est qu'une tentative de ternir son image, du fait de l'incapacité ou de la réticence des services de sécurité nationaux et du gouvernement d'arrêter ses lâches assassins ainsi que ses complices", accuse Mme Hydara. Dans son rapport, la National intelligence agency (NIA, agence de renseignements gambiens) avait fait état de trois pistes explorées: "un crime passionnel ou une vengeance, un crime crapuleux ou une volonté de réduire au silence un individu en possession d'une information gênante". Dans ce texte égrenant nombre d'aspects personnels de la vie de Deida Hydara, ce dernier est décrit comme "un provocateur qui a réussi à s'attirer les foudres de plusieurs personnes".
A 58 ans, correspondant de l'AFP et collaborateur de Reporters sans frontières (RSF) en Gambie, a été assassiné par balles le 16 décembre au soir alors qu'il reconduisait chez elles deux collaboratrices du journal." D'après des informations disponibles, il avait été surveillé et suivi toute la journée depuis son bureau du Point à la rue Sankum Sillah, où il a été abattu par des professionnels", a déclaré Mme Hydara. "Il y avait une unité mobile de la police dans les environs et il est impossible qu'ils n'aient rien entendu ou vu", a-t-elle encore avancé.
La veuve de M. Hydara a aussi raconté que, "lorsque la police est arrivée sur place, elle avait interrogé les deux employées sans se soucier du corps du pauvre homme, histoire de le laisser mourir", ajoutant que les autorités avaient refusé de remettre à la famille du journaliste un rapport d'autopsie. "Les auteurs (du rapport) ont voulu montrer au public que Deida était un homme mauvais et qu'il a été tué pour cela, mais il était un homme prêt a mourir pour servir son peuple", a-t-elle affirmé, ajoutant: "Seuls des enquêteurs étrangers pourront élucider cette nébuleuse".
Iran : samedi 11 juin - Retour en prison pour Akbar Ganji
Dépêche de l'AFP à 10h56
Le journaliste Akbar Ganji, figure emblématique de la dissidence iranienne, est retourné samedi matin en prison à Téhéran, où il doit recommencer une grève de la faim, a rapporté l'agence estudiantine Isna.
M. Ganji, qui a donc vainement réclamé la prolongation de sa permission de sortie, a été salué par des familles de prisonniers politiques rassemblées devant la prison d'Evine, dans le nord de la capitale.
Celui qui est le journaliste emprisonné depuis le plus longtemps en Iran et dont on était sans nouvelle depuis mardi avait démenti vendredi être en fuite, comme l'affirmait le procureur général de Téhéran. Il avait dit son intention de retourner de lui-même en prison et d'y reprendre une grève de la faim.
M. Ganji a été condamné en janvier 2001 à 10 ans de prison ramenés ensuite à six, pour avoir écrit des articles mettant en cause des responsables iraniens, dont l'ancien président Akbar Hachémi Rafsandjani, dans le meurtre de plusieurs intellectuels et écrivains.
Il est sorti de prison le 30 mai. Selon le parquet, sa permission était de sept jours. Le parquet a délivré un mandat d'arrêt au terme de ce délai et s'est présenté chez lui le 7 juin au soir pour l'arrêter. Mais le journaliste n'était pas à son domicile. On était depuis lors sans nouvelles de lui. Avant sa permission, Akbar Ganji avait observé une grève de la faim de douze jours pour dénoncer l'illégalité de sa détention et le traitement discriminatoire qui lui était infligé en prison, et pour obtenir des soins.
Un autre prisonnier politique, l'avocat défenseur des droits de l'homme Nasser Zarafchan, a entamé mercredi une grève de la faim, également pour protester contre ses conditions de détention. Depuis mercredi, la famille de M. Zarafchan, des avocats membres du collectif d'avocats du prix Nobel de la paix Shirin Ebadi, et des dissidents comme Hachem Aghajari, tiennent un sit-in devant la prison d'Evine, fait rare compte tenu du caractère sensible de l'endroit, pour soutenir M. Zarafchan. M. Zarafchan, condamné il y a trois ans à cinq années d'emprisonnement pour action contre le régime, détention d'alcool et détention d'armes, devrait bénéficier d'une libération conditionnelle, comme tout autre prisonnier en Iran, parce qu'il a purgé la moitié de sa peine et n'a pas d'antécédent judiciaire, a dit à l'AFP un membre du collectif d'avocats, Mohammad Ali Dadkhakh. Selon lui, le détenu souffre de troubles rénaux.
M. Zarafchan s'est signalé en défendant les familles des écrivains Mohammad Mokhtari et Mohammad Jafar Pouyandeh, assassinés en même temps que d'autres intellectuels fin 1998. Ces crimes ont été imputés à des agents des renseignements en rupture de ban. 
Liban : assassinat de Samir Kassir à Beyrouth le 2 juin.
Dépêche de l'AFP du 2 juin à 16h33
Le président libanais Emile Lahoud s'est dit outragé" et a "fermement dénoncé l'assassinat" du journaliste libanais Samir Kassir dans un attentat jeudi à la voiture piégée, tout en mettant en garde contre "les complots visant à saper l'unité nationale". M. Lahoud a également annoncé qu'il allait demander au chef de la mission internationale de l'Onu, qui enquête sur l'assassinat le 14 février de l'ex-Premier ministre Rafic Hariri, d'étendre son enquête sur l'attentat contre Samir Kassir, survenu jeudi dans le quartier chrétien d'Achrafieh à Beyrouth.
M. Lahoud a précisé qu'il aurait vendredi un entretien avec le chef de la mission de l'Onu, le procureur allemand Detlev Mehlis, qui se trouve depuis le 26 mai à Beyrouth. "Trouver la partie qui est derrière l'attentat (contre Samir Kassir), contribuera à aider l'Etat libanais à mettre fin au complot contre le Liban", a-t-il ajouté. Exprimant "sa solidarité avec tous les journalistes libanais", lors d'une visite au siège du Syndicat de la presse après cet attentat, le chef de l'Etat a lancé une mise en garde contre "les complots qui visent à provoquer des troubles civils et à saper l'unité nationale".
Rappelant que de "tels complots ont déjà visé l'ex-Premier ministre Rafic Hariri et le député Bassel Fleihan, assassinés" le 14 février, ainsi que le député Marwan Hamadé" qui a échappé à un attentat en octobre, M. Lahoud s'est engagé "prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger la presse et les médias du pays". "La liberté de la presse est une ligne rouge que nul ne peut violer", a-t-il encore dit, précisant qu'il allait présider ce jeudi un Conseil des ministres exceptionnel pour "étudier et adopter les mesures nécessaires pour protéger les journalistes et les médias contre toute agression" à l'avenir.
M. Lahoud a été directement mis en cause dans l'attentat contre Kassir par des membres de l'opposition qui ont réclamé sa démission. Kassir avait publiquement réclamé récemment la démission du président libanais, allié de la Syrie. L'opposition libanaise avait accusé le pouvoir allié à la Syrie et les services de sécurité libano-syriens d'être derrière l'assassinat de Hariri. "Je ne répondrai pas à ces critiques. Mon but n'est pas d'enveminer les choses. Mon seul but est de restaurer l'unité des Libanais. Je laisserai à la commission d'enquête internationale le soin de mener à bien son travail pour déterminer la partie responsable de tous ces assassinats et ces morts. Entre-temps, je suis déterminé à ne laisser personne ébranler la stabilité et la sécurité du pays", a dit M. Lahoud.
La Syrie dénonce les accusations portées contre elle dans l'assassinat de Samir Kassir
Dépêche de l'AFP du 2 juin à 17h58
Un responsable syrien a dénoncé jeudi les accusations impliquant Damas dans l'attentat qui a coûté la vie au journaliste libanais Samir Kassir à Beyrouth, affirmant que la Syrie n'intervient pas dans les affaires libanaises, rapporte l'agence officielle Sana.
"Un responsable au ministère de l'Information a dénoncé violemment les propos de personnalités libanaises de l'information et politiques qui, comme à l'accoutumé, ont accusé la Syrie de l'explosion à Beyrouth et ce quelques minutes après (l'incident). Cela montre combien ces personnalités nourrissent des idées reçues hostiles à la Syrie", a indiqué Sana. "La Syrie affirme une nouvelle fois qu'elle a retiré toutes ses forces du Liban (le 26 avril) après la fin de sa mission de sauvegarde (de ce pays) et qu'elle n'intervient pas dans les affaires intérieures du Liban, en espérant que les autres feront de même et laisseront le peuple du Liban choisir lui-même sa politique", a ajouté le responsable cité par Sana. Selon lui, "ces accusations étaient prévues, car le rôle joué par ceux qui les propagent est connu dans les campagnes anti-syriennes et dans les pressions exercées sur la Syrie", a ajouté ce responsable sous couvert d'anonymat.
Mais, a-t-il ajouté, la Syrie "dédaigne le langage des calomnies et des accusations portées à la légère (...) qui reflète un caractère immoral et une grande hostilité à l'unité, à la stabilité et à l'indépendance du Liban", a ajouté Sana.
La Gauche démocratique, mouvement d'opposition auquel appartenait Samir Kassir, a accusé le parti Baas au pouvoir en Syrie et les services de sécurité syriens et libanais du meurtre. Elias Atallah, secrétaire général de la Gauche démocratique a affirmé que Samir Kassir "a été tué parce qu'il s'est opposé aux régimes fascistes et totalitaires, à leur tête le régime du Baas en Syrie et leurs services au Liban". Il a avancé que les meurtriers de l'un des éditorialistes du quotidien libéral An-Nahar, sont "les officiers syriens et libanais, les mêmes que ceux qui ont assassiné le 14 février, l'ex-Premier ministre Rafic Hariri et ceux qui ont tenté d'assassiner le 1er octobre le député Marwane Hamadé".
Chirac condamne l'assassinat du journaliste libanais antisyrien Samir Kassir
Dépêche de l'AFP du 3 juin à 12h49
Le président Jacques Chirac a "condamné avec la plus grande fermeté" jeudi l'assassinat du journaliste libanais anti-syrien Samir Kassir, estimant que les auteurs de ce "crime révoltant" avaient voulu atteindre "la liberté des Libanais", a rapporté l'Elysée. "J'ai appris avec horreur l'assassinat de Samir Kassir. Les mots manquent pour qualifier ce crime révoltant. Je le condamne avec la plus grande fermeté", a-t-il écrit dans un message à sa veuve rendu public par la présidence française.
Le journaliste et opposant libanais de renom Samir Kassir, 45 ans, a été assassiné jeudi dans un attentat à la voiture piégée à Beyrouth, qui a créé un immense émoi au Liban et a été attribué par l'opposition aux alliés libanais de Damas, dont le président Emile Lahoud. "Au cours des drames que son pays a traversés, votre mari avait incarné l'esprit de liberté qui est consubstantiel au Liban lui-même. Aussi est-ce la liberté des Libanais que l'on a voulu atteindre au moment précis où ils ont reconquis le droit de choisir leur destin", a déclaré Jacques Chirac dans une allusion aux élections législatives. L'attentat est survenu 109 jours après l'assassinat de l'ex-Premier ministre Rafic Hariri dans un attentat spectaculaire à Beyrouth et cinq jours après le début des élections législatives au Liban. Journaliste au quotidien An-Nahar, Samir Kassir était l'un des principaux animateurs de l'opposition qui a joué un rôle majeur dans le retrait fin avril des troupes syriennes du Liban après 29 ans de présence.
La France, avec les Etats-Unis, avait été à l'origine d'une résolution du Conseil de sécurité de l'Onu exigeant le retrait total des forces et services de renseignement syriens du Liban avant la tenue des élections.
"La France, où il avait fait ses études et dont il avait la nationalité, ressent douloureusement sa disparition tragique", a déclaré M. Chirac. Rendant "hommage à l'homme et à son action", le président de la République a souligné que "tout doit être fait pour que les auteurs de cet attentat terroriste soient découverts et punis".
M. Chirac a présenté enfin ses condoléances et toute sa "compassion" à la famille de Samir Kassir.
Iran: le journaliste dissident Akbar Ganji libéré pour des soins
Dépêche de l'AFP du 30 mai à 10h38
Le journaliste iranien Akbar Ganji, figure emblématique de la dissidence condamnée en 2001 à six ans de prison, a été libéré lundi pour subir des soins, a annoncé sa femme à l'AFP.
"Mon mari a bénéficié d'une permission de sortie pour subir des soins", a indiqué son épouse jointe par téléphone. Ses proches, mais aussi les organisations de défense des droits de la presse ou encore les pays européens réclamaient depuis des mois la libération pour raisons médicales d'Akbar Ganji, qui souffre d'asthme chronique et dont l'état de santé se serait encore détérioré ces derniers temps. Sa santé a en effet encore été affaiblie par une grève de la faim entamée le 19 mai, brièvement interrompue, mais ensuite reprise.
La justice ultra-conservatrice avait indiqué courant mai qu'Akbar Ganji pourrait éventuellement être relâché provisoirement en vertu d'une nouvelle directive accordant trois mois de permission de sortie aux prisonniers malades. Le journaliste a été condamné en janvier 2001 à 10 ans de prison ramenés ensuite à six, pour avoir écrit des articles mettant en cause des responsables iraniens, dont l'ancien président Akbar Hachémi Rafsandjani et l'ex-ministre des Renseignements Ali Falahian, dans le meurtre de plusieurs intellectuels et écrivains.
M. Ganji a publié la semaine dernière un brûlot politique appelant les Iraniens à boycotter la présidentielle du 17 juin. Il s'en prend en termes virulents au Guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, bien que cela puisse lui valoir de sérieux ennuis. Il dénonce en outre "les tortures mentales et physiques" employées à la prison téhéranaise d'Evine, où il est incarcéré, pour extorquer des aveux aux prisonniers.
Abrogation du dépôt légal en Tunisie
Une illustration du non respect de l’Etat de droit, par Sihem Bensedrine du site Kalima
Dans son discours prononcé à l’occasion de la Journée Nationale de la Culture, le 27 mai 2005, Ben Ali a annoncé une mesure d’une grande importance pour le secteur des médias : "Pour faciliter les conditions de travail des médias et en renforcer la transparence, nous ordonnons, aujourd’hui, d’abroger la procédure du dépôt légal et les sanctions qu’elles sous-tendent, en ce qui concerne les organes de presse."
Il est vrai que la formalité du dépôt légal a toujours constitué le nœud de la censure exercée sur la presse en Tunisie depuis l’arrivée au pouvoir de Ben Ali ; et la levée de ce verrou peut apparaître comme un moyen de favoriser le développement d’une presse libre. Cette formalité qui, à l’origine, avait pour fonction de conserver la mémoire, a été détournée abusivement par l’administration pour jouer le rôle de système de censure de façon tout à fait illégale.
Or la décision présidentielle est lourde d’implications sur le plan institutionnel.
En décidant d’abroger un article d’une loi, le président de la république commet un abus de pouvoir. La constitution tunisienne attribue au seul parlement le mandat de légiférer, d’abroger ou d’édicter les lois, même si elle donne au président de la république l’initiative de ces lois, il n’est pas habilité à légiférer.
En agissant de la sorte, il disqualifie l’institution législative et dévoile la réalité de la relation entre l’institution présidentielle et le parlement qui est totalement soumis à la volonté du président. Il confirme le rôle de cette chambre de députés qui n’a jamais rejeté un projet de loi émanant de la présidence, et qualifiée à juste titre de chambre d’enregistrement. Il révèle en même temps la réalité de la non représentativité de cette chambre désignée ; même si cette désignation est maquillée d’élections frauduleuses et sert de moyen de concussion politique au pouvoir pour s’allier certaines franges de la classe politique, disposées à jouer la comédie du pluralisme parlementaire.
La fonction de conservation de la mémoire pour les générations futures et pour les chercheurs, qui doit être assurée par l’Etat, n’est pas sauvegardée et un pan de la mémoire nationale risque de se perdre ainsi, puisque les journaux n’ont plus l’obligation de déposer quelques exemplaires de leur tirage à la bibliothèque nationale.
Ainsi, à travers une mesure en apparence libérale, ce sont les institutions républicaines qui sont mises à mal, par un acte délibéré et flagrant de confusion des pouvoirs où le président se révèle comme disposant de compétences de pouvoir absolu.
Abrogation de la censure ou abrogation de la conservation de la mémoire?
Au lieu d’abroger la formalité en tant que telle, il aurait été mieux inspiré d’imposer à l’administration, l’obligation de remettre immédiatement à l’éditeur le récépissé, comme le prévoit la loi, et comme ses compétences de chef de l’exécutif l’y autorisent.
Car le problème de la censure qui pèse sur la presse et sur toute production éditoriale, n’émane pas en fait de la procédure du dépôt légal en elle-même, qui existe par ailleurs dans tous les pays organisés. Mais il est généré par le retard ou le refus illégal opéré par l’administration du ministère de l’intérieur de délivrer immédiatement le fameux récépissé à ceux qui se soumettent à cette procédure. Un refus institué par Ben Ali et qui n’existait pas sous Bourguiba.
Par ailleurs, il est important de relever que les autres publications, telles que les livres, les affiches ou autres, restent soumises à cette procédure abusivement appliquée. Pire encore, le président annonce pour le secteur du livre un cahier de charges, qui n’existait pas auparavant et qui va museler davantage le secteur de l’édition[1].
Concernant les organes de presse provenant de l’étranger et qui sont également soumis à cette formalité, rien n’a été dit. Nous savons tous que les éditions du Monde, de Libération, d’Al Qods, d’Al Hayet ou d’autres périodiques étrangers sont censurés en Tunisie chaque fois qu’ils critiquent la politique officielle, par le biais de cette procédure de dépôt légal.
Notons également que cette abrogation de la procédure du dépôt légal pour les journaux n’aura aucun impact sur la liberté de publier de nouveaux journaux. En effet, le code de la presse institue le régime de la déclaration et non de l’autorisation préalable. Il dispose que pour publier un nouvel organe, il suffit de déposer auprès du ministère de l’intérieur une déclaration contenant un certain nombre d’informations et « il en sera donné récépissé ». Mais l’administration s’abstient de délivrer ce récépissé, toujours abusivement. L’absence de ce récépissé va jouer comme une interdiction de publier. Tout d’abord, l’imprimeur n’est pas habilité à imprimer un journal sans ce récépissé et il est sanctionné s’il outrepasse l’ordre du ministère de l’intérieur ; ensuite, pour que le nouvel organe puisse exister matériellement dans un local et ouvrir une patente, il doit être enregistré au registre du commerce. Aucun enregistrement au tribunal n’est accepté sans le fameux récépissé et enfin la publication au journal officiel, qui est une condition obligatoire pour toute diffusion, est elle-même soumise à l’obtention de cet enregistrement.
Là, nous ne savons pas quelle mesure a prévu le président pour autoriser les nouvelles publications à exister et libéraliser ainsi le paysage médiatique ; peut-être envisagerait-il d’abroger la formalité d’enregistrement au tribunal de commerce et de publication au journal officiel, favorisant une sorte de jungle commerciale, au lieu d’imposer à son administration de respecter la loi et de délivrer immédiatement aux citoyens désireux de publier des journaux, le récépissé fatal.
Une radio pour la famille "en tout transparence"
Dans le même discours, le président a annoncé :« nous avons ouvert la voie devant l’initiative privée, avec la création d’une radio et d’une télévision privées qui seront consolidées par une autre radio privée dans le centre-est. ». Et là encore, on est en droit de s’interroger, est-ce que la légalité a été respectée ? Malheureusement encore une fois non. Le décret d’application, qui définit les conditions d’attribution des fréquences par l’Agence nationale des fréquences, instituée par le code des communications, n’a pas encore été promulgué depuis 2002 et de nombreuses demandes insatisfaites de radios (une dizaine au moins à notre connaissance) attendent que ce décret soit promulgué.
Dans quelles conditions cette nouvelle licence a été attribuée ? Comme celles qui l’ont précédées, dans l’opacité la plus totale. Qui en sont les heureux bénéficiaires ? Nous savons que les principaux propriétaires de radio Mosaïque et Hannibal TV sont les beaux frères du président. Des rumeurs persistantes annoncent que la nouvelle radio du Sahel rééquilibrera ce partage entre les familles en allant au neveu du président.
Libéralisation n’est pas synonyme d’appropriation privée au profit de la famille régnante. Et si un jour le paysage médiatique devait s’ouvrir réellement, le critère le plus sûr consiste à libérer l’initiative civile réellement indépendante et non pas à se satisfaire d’un transfert du monopole d’Etat vers un monopole privé familial.
Faut-il se féliciter de ces nouvelles mesures ou s’en attrister? Si on avait besoin d’une preuve de non respect de l’Etat de droit, on n’aurait pas trouvé meilleure illustration.
[1] Le rapport sur la censure rendu public par l’OLPEC à l’occasion de la journée de la liberté de la presse, aborde de façon détaillée ces nouvelles restrictions, nous y reviendrons.
En Tunisie, Sihem Bensedrine, cible d'une campagne de haine
Un article du Monde du 28 mai 2005, de Florence Beaugé
L'une des figures emblématiques de la lutte pour les libertés en Tunisie, la journaliste Sihem Bensedrine, 55 ans, est actuellement la cible d'une campagne obscène de la part de la presse tunisienne. Deux journaux, Achourouq et Al-Hadath, quotidiens arabophones à fort tirage, ont lancé, les 8 et 11 mai, de véritables appels à la lapidation de cette femme, présentée comme « prostituée », « créature du diable », « vipère haineuse », « vendue aux sionistes et aux francs-maçons ».
Sihem Bensedrine est accusée de "louer son dos -se prostituer en pratiquant la sodomie- aux étrangers et aux sionistes", d'avoir renié "toutes les valeurs humanitaires pour retrouver -lors de séances d'échangisme- son humidité sexuelle", de se vendre "aux adolescents les plus séduisants et aux plus beaux jeunes hommes".
Ce n'est pas la première fois que ces journaux mènent de semblables campagnes de haine, en toute impunité, contre les opposants et militants des droits de l'homme. En 1993, Sihem Bensedrine avait fait l'objet d'un photomontage pornographique distribué par milliers d'exemplaires à Tunis. "Ce sont quelques-unes des méthodes d'un régime qui met en avant son féminisme d'Etat mais ne tolère pas que les femmes puissent exercer leur citoyenneté, encore moins être ses adversaires politiques", souligne l'intéressée, mère de trois enfants.
Rédactrice en chef du journal en ligne Kalima, Sihem Bensedrine est également porte-parole du Conseil national pour les libertés en Tunisie (CNLT, non reconnu). C'est à ce titre qu'elle subit les représailles du régime et qu'elle n'a toujours pas reçu l'autorisation de publier la version papier de son journal en Tunisie. Tabassée l'année dernière, "par la police politique" selon elle, elle a fait deux mois de prison en 2001 pour avoir accusé un juge et le beau-frère du président Ben Ali de corruption.
La nouvelle affaire Bensedrine illustre ce que dénonce le Syndicat des journalistes tunisiens (SJT, indépendant) dans son premier rapport annuel. En une quarantaine de pages, le "système" mis en place par le régime Ben Ali pour contrôler les médias est mis à nu : "intimidation", "diffamation", "délation", "instructions données aux patrons" de presse, articles "préfabriqués" dictés par les autorités de tutelle, "harcèlement individuel" des journalistes, etc. "Jamais, cependant, on n'avait utilisé des mots d'une telle indécence et atteint un pareil niveau de bassesse" estime Lotfi Hajji, fondateur et président du SJT.
Le SJT est né en mai 2004, peu après que l'Association des journalistes tunisiens (AJT, proche du pouvoir) eut décerné un Prix de la liberté de la presse au président Ben Ali, ce qui lui a valu d'être suspendue de la Fédération internationale des journalistes. Cette Association pro-Ben Ali continue toutefois d'exister et de sévir, avec le plein soutien du régime, à quelques mois du Sommet mondial de l'information (SMI), prévu à Tunis du 16 au 18 novembre, sous la houlette des Nations unies. 
En Tunisie, des mesures d'ouverture en faveur de la presse
Une dépêche d'Associated Press du 27 mai 2005
Le président tunisien Zine El Abidine Ben Ali a annoncé vendredi de nouvelles mesures en faveur de la presse, dont l’opposition et les organisations non gouvernementales locales et étrangères dénoncent régulièrement le "verrouillage". Lors d’une cérémonie marquant la "journée nationale de la culture", le chef de l’Etat tunisien a annoncé l’abrogation de la procédure de dépôt légal, une mesure qui soumettait toute publication à un contrôle des autorités avant diffusion.
Cette décision est destinée à "faciliter les conditions de travail des médias et en renforcer la transparence", selon M. Ben Ali. Il a rappelé qu’elle intervient après trois amendements successifs du Code de la presse "dans le but de permettre aux journalistes d’assumer leur rôle en toute liberté et de bénéficier d’un climat adéquat pour exercer leurs activités dans un contexte d’objectivité et d’honnêteté". En dépit de ces réformes, ce code est encore décrié par les professionnels pour ses dispositions jugées "rigides".
La suppression du contrôle prélable du contenu des journaux était réclamée par plusieurs associations de protection des journalistes. "Al Mawkef", journal d’un parti d’opposition, le Parti démocratique progressiste (PDP), déplorait notamment le retard que cette contrainte occasionnait à sa publication. Le président tunisien a en outre fait état du prochain lancement d’une deuxième radio privée dans le centre-est du pays. Elle viendra s’ajouter à la station Mosaïque FM, la première radio privée qui a vu le jour il y a plus d’un an en Tunisie, et à Hannibal TV, la première chaîne de télévision privée lancée il y a quelques mois.
A quelques mois du sommet mondial sur la société de l’information (SMSI) que la Tunisie abritera en novembre prochain, un train de mesures doivent par ailleurs être mises en oeuvre pour promouvoir la culture numérique et encourager l’usage des multimédias et des technologies de communication. 
Coup de pied dans la fourmilière, par Sami Ben Abdallah
publié le 26 mai sur le site Tounes
"Dis au monde entier de nous sortir de cette tombe" Hamadi Jbeli, journaliste tunisien condamné à 16 ans de prison.
"Je compte mener une grève de la faim prochainement, pour protester contre l’injuste assignation à résidence dont je suis victime au sud tunisien, à 500 km de ma femme et mes enfants » Abdallah Zouari, journaliste tunisien, assigné à résidence au sud tunisien, après 11 ans d’emprisonnement.
En Tunisie, les langues se délient au sujet de la fortune inestimable que se sont constituées les familles proches du pouvoir, sans compter tout l’argent qui a été transféré sur des comptes numérotés à l’étranger. Il y a un an, les Tunisiens souffrant du poids de la crise sociale ont été choqués de prendre connaissance d’une liste de 127 d’hommes d’affaires proches du pouvoir qui ont ruiné le système bancaire tunisien. En échange de leur soutien à la dictature de M. Ben Ali, ils ont bénéficié de crédits démesurés s’élevant pour chacun d’entre eux à des millions d’euros, devenus pour la majorité des créances douteuses, irrécouvrables. Ils ont ainsi hypothéqué l’avenir des Tunisiens.
Il y a un an, Mr Nejib Chebbi, SG du PDP, avait pris son courage à deux mains pour réclamer une commission d’enquête nationale à propos de la gestion de cet argent du peuple, car quand on est au pouvoir et, qui plus est, élu théoriquement au suffrage universel, quelle que soit la position que l’on occupe, aussi importante soit-elle, telle la présidence de la République, l’on doit rendre des comptes.
Quand on s’affiche comme un Homme ou une femme publique, que l’on soit au pouvoir ou dans l’opposition, quelle que soit la position que l’on occupe, l’on doit aussi rendre des comptes au peuple de l’opposition car il n’y a pas d’intouchable, d’irréprochable, de parfait, d’irremplaçable, ni de personne au dessus de la critique. Les précurseurs de la contestation méritent le respect tant qu’ils sont dans le vrai, mais il ne s’agit aucunement d’une reconnaissance inconditionnelle.
Les techniques classiques de diversion, de rhétorique, de démagogie, de victimisation, de jouer le martyr, de voir le complot du pouvoir partout afin de se donner de l’importance pour des personnes en mal de légitimité, les Communiqués rédigés à la hâte et signés par des prête -noms , toutes ces effets spéciaux mis de coté, on ne peut considérer toute critique comme campagne de dénigrement, tout fait avéré comme une atteinte à la moralité, toute allusion subtile comme diffamation ou injure.
On le dira jamais assez. Quelle que soit la position que l’on occupe, l’on doit rendre des comptes, car à chaque pouvoir, il faut un contre-pouvoir. A chaque pharaon il faut un Moïse. Que l’on ait milité dans les années 60 ou 50, que l’on ait été emprisonné, torturé, condamné à l’exil, cela ne dispense aucun de rendre des comptes car nul n’est au-dessus de la critique. On ne peut prétendre militer pour la démocratie et refuser les règles du jeu démocratique : ne pas rendre des comptes et refuser la transparence.
Quand on n’a rien à se reprocher, rien qui nous fait rougir, pourquoi avoir peur de la transparence ?
Ce sont là, incontestablement des sujets tabous, des questions qui dérangent, et des vérités qui blessent. Parmi ces tabous, ces sujets qui fâchent, il y a incontestablement cette épineuse question de la transparence qui fait défaut à certaines militants de l’opposition. Il existe ce sujet tabou qu’est le financement, qui certes par le passé, dit-on, a été utilisé par le pouvoir « pour diaboliser l’opposition, pour la priver de moyens et pour la discréditer ». Cependant, est-ce parce que cela pourrait être utilisé par le régime que l’on doit fuir certains sujets et éviter de répondre à certaines questions ? Par ailleurs, si la situation difficile de certaines ONG autorisent des entorses à la règle démocratiques, ces exceptions ne sauraient devenir la règle.
L’impression qui se dégage aujourd’hui est que le pouvoir a réussit à imposer certaines limites à l’opposition. Mais il y a là une question qui s’impose, quoiqu’elle dérange : certains ne se sont-ils pas accommodés des limites du pouvoir, parce qu’ils y trouveraient leur compte ? S’agirait-il d’un prétexte ? Car on ne cesse de dire que ces sujets là peuvent servir à M. Ben Ali ! Mais on ne comprend pas comment, quand on n’a rien à se reprocher, rien qui fasse rougir, comment ce genre de sujets pourrait servir à M. Ben Ali ?
Des ruines d’ONG ?
Outre le financement, il y a un autre sujet tabou. Celui de ces ONG qui font partie du patrimoine de l’opposition pour ne pas dire du patrimoine national du pays et qui sont aujourd’hui en état de décomposition avancée. Il ne fait aucun doute que la responsabilité du pouvoir qui ne supporte pas que des ONG échappent à son contrôle est établie. Mais aussi, l’origine de leur maladie vient de leurs dirigeants. Il y a peu de temps encore, ces ONG étaient une fierté pour l’opposition et pour le pays . Qu’en est-il aujourd’hui du syndicat étudiant l’UGET ? Qu’en est-il aujourd’hui du CNLT ? Qu’en est-il aujourd’hui de l’UGTT ?
Il y a peu de temps encore, certaines de ces ONG étaient des points de rencontre de toutes les familles politiques du pays, des bastions de résistance contre la dictature, des témoins de la diversité culturelle et politique du pays où des islamistes et ceux de la gauche se côtoyaient. Aujourd’hui, à les voir, elles ressemblent à des ruines. Elles ne sont plus le point de rencontre de familles politiques, mais d’une seule famille. L‘absence de contre pouvoirs, de culture de la transparence a été à l’origine de nombreuses dérives. C’est donner raison à Montesquieu qui professait que le pouvoir corrompt, qu’un dictateur sommeille au fond de chacun de nous et que le fondement de la démocratie est le contre-pouvoir.
On rétorquera "que leurs comités de directions changent, leurs présidents, leurs porte-paroles aussi" ! C’est un trompe l’œil. Le pouvoir suprême, les relations publiques, les finances, la plus modeste des tâches, celle d’accéder au courrier, à une boite mail virtuelle demeure entre les mains des mêmes personnes qui en dépit des annonces des supposées alternances ne changent pas. Elles sont devenus à l’image d’un Ben Ali qui de lui-même ne quittera jamais le pouvoir, des " à vie".
Ne dit-on pas que Ben Ali s’est taillé une immunité sur mesure parce que même s’il songeait un jour à quitter le pouvoir, il ne le pourrait pas, tellement est présente la peur d’avoir à rendre des comptes et parce qu’il est devenu l’otage d’un système où les enjeux financiers le dépassent ? C’est à se demander également si, tel un Ben Ali, ces militants « à vie » d’ONG et leur cour ne peuvent les quitter, n’accepteront jamais d’élections libres qui écarteront des directions cette pléthore des courtisans et courtisanes, d’hommes de pailles et des prête-noms, par peur que les enjeux financiers jusque-là occultés ne soient mis en lumière et par peur d’avoir à rendre des comptes sur les finances ?
Alors qui sont les autres militants ? Ou des militants qui laissent faire, ou des militants qui ne savent pas, ou des militants qui ont déserté l’arène. Mais au total, ne sont-ils pas à l’image de ces Ministres de Ben Ali, des fusibles, une façade démocratique, un trompe l’œil ?
Ces associations ont cessé d’être des ONG de la société civile pour devenir des ONG de personnes. Elles ont cessé d’être un patrimoine collectif pour devenir un patrimoine privé, un héritage qu’on pourrait se transmettre entre mari et femme, entre parents et enfants, entre bonnes familles tunisoises authentiques et parvenues. Elles ne servent plus les causes des opprimés et des anonymes, elles servent la cause des personnes qui les maintiennent sous tutelle. Comment pourrait-il y avoir une relève ? Si ces « à vie » ont réussit à faire le vide autour d’eux, qu’ils ont pris ces ONG en otage. Elles ont perdu la culture du terrain. Comment pourrait-il en être autrement quand elles sont dirigées à distance. La majorité des Communiqués qu’elles diffusent, quand ils ne sont pas rédigés à l’avance ou à la hâte et auxquels on appose un prête-nom tels les Communiqués du régime, vantent les qualités de leurs responsables et versent dans les pratiques détestables du culte de la personnalité.
Ainsi, si la propagande officielle nous fait découvrir un Bel Ali omniprésent, omniscient, omnipotent, sauveur de la patrie, l’inflation des communiqués de ces ONG nous étale les CV des uns et des autres. Et on découvre dans la préface des livres que ces responsables vivraient une persécution ininterrompue depuis l’ascension de Ben Ali au pouvoir, qu’ils seraient des figures très populaires- sans qu‘on ne le sache.
Pourquoi l’opposition ? Pourquoi faire ? Pourquoi ?
Ces dernières sont aussi des questions qui dérangent, auxquelles on n’est pas prêt de répondre de sitôt. Car le silence qu’observe certaines figures qui servent de repères moraux est troublant : on pourrait le trouver dangereux, douteux et, en désespoir de cause, complice. En fins calculateurs, d’autres temporiseront, patienteront et éviteront de s’exprimer .
On prendra donc cet instant historique à témoin. On prendra notre pays à témoin. Il y a aujourd’hui ceux qui cautionnent le mensonge. Ils ne pourront dire : je ne savais pas. Parce qu’on ne peut tirer profit du système, attendre le dernier quart d’heure pour le dénoncer ou telle une girouette, observer le mouvement du vent. En politique, on ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre et ce n’est pas bien de cracher dans la soupe. Pourquoi ceux qui dans les coulisses et qui constituent la majorité du peuple de l’opposition, dénoncent ces pratiques détestables dans les coulisses qui leur sont familières, et n’en disent rien en public ?
Non, il est injuste de dire qu’ils sont Tous pourris. De nombreux militants parmi eux ont payé le prix le plus fort pour s’opposer à la terrible machine de la dictature. Ils ont résisté devant les humiliations de leurs familles. Certaines femmes ont été violées, sur d’autres on a fabriqué des montages pornographiques. Des militants ont résisté devant les coups de bâtons des sinistres tortionnaires. Ils sont restés debout, dignes devant une justice aux ordres incarnant, transcendant, le rêve des Tunisiens pour une vie digne, libre. D‘autres, meurtris dans l’âme ont été pourchassés du pays, condamnés à l’exil.
Des Opposants crédibles ont pris la mauvaise habitude, depuis des années, de dire en public l’inverse de qu’ils disent dans les coulisses .
Mais avoir résisté des années pour se taire aujourd’hui, quand ces pratiques se font au su et au vu de tout le monde est problématique. Le peuple ne saurait-il pas la vérité ! Nous la lui disons. Nous sommes arrivés à un stade de lâcheté intellectuelle, au point qu’une étrangère qui s’est liée avec un Tunisien représente l’opposition tunisienne aux frais de la princesse, sans que nul n’ose lui dire que les Tunisiens seraient mieux inspirés et qualifiés qu’elle pour évoquer les problèmes intérieures de la Tunisie et des Tunisiens et que par dessus tout , il y a là, des questions d’orgueil et de souveraineté nationale.
Nul doute que la victoire de M. Ben Ali est de créer une opposition à l’image du système qu’il a conçu. Un système corrompu, autoritaire. Un Etat policier. Une opposition policière. Nul doute aussi que la défaite de M. Ben Ali aura lieu quand cette opposition instaurera un nouvel ordre moral et éthique, non pas sur le papier des discours mais dans les faits et les pratiques. Toutes les révolutions dans l’histoire de l’Humanité, tous les changements ont réussit parce qu’ils voulaient instaurer un nouvel ordre moral et éthique pour la société. C’est dire que l’opposition tunisienne a son destin en main et est à même aujourd’hui de dépasser le cercle vicieux dans laquelle s’est engouffrée depuis des années. Elle pourrait aujourd’hui retrouver sa crédibilité aux yeux du commun des mortels, ne plus donner de raisons d’être à sa méfiance qui s’est installée à force de voir les mêmes pratiques se reproduire de nouveau ; elle pourrait rassurer les Tunisiens sur l’avenir de la Tunisie et mettre fin solennellement à ces pratiques qui hypothèquent son devenir, dans un jeu d’écriture comptable, ou une cotation dans le marché des droits de l’Homme. Et les intermédiaires de ce dernier ? à chacun sa commission. Ceux-là usent du budget de leurs ONG comme argent de poche...
Ce sont là des dénonciations virulentes d’opposants crédibles qui ont pris la mauvaise habitude, depuis des années, de dire en public l’inverse de qu’ils disent dans les coulisses .
La vérité ne peut pas être injurieuse. La vérité ne peut pas être diffamatoire. Elle vient en vrac ou elle est fardée et elle blesse... mais elle finit par triompher et elle fera incontestablement le procès de ceux qui ont voulu l’enterrer vivante et de leurs complices : ceux qui se sont rendus coupables par leur silence, par leur supposée sagesse, par leur prétendue indifférence ...
Regardez-les aujourd’hui. Quand un Ben Ali laisse faire son pouvoir policier, qui torture, qui corrompe au nom des intérêts supérieurs de la patrie, eux aussi, se taisent et cautionnent le mensonge au nom de l’intérêt suprême de l’opposition.
Le malaise des journalistes femmes de l'AFP
Article paru dans l'édition du Monde du 25.05.05, signé Pascale Santi
Trop, c'est trop. Un collectif de femmes journalistes à l'AFP (Agence France-Presse) vient de signer une pétition pour dénoncer « l'inégalité salariale et les disparités d'évolution de carrière entre les hommes et les femmes » à l'agence. Le 20 mai, 247 journalistes femmes et 87 hommes avaient déjà signé ce texte, soit environ les trois quarts des femmes rattachées au siège parisien et... 15 % d'hommes! Au total, les femmes représentent 35 % des journalistes bénéficiant de ce statut (au nombre de 800).
"Surreprésentées dans les catégories salariales inférieures, les femmes sont quasiment absentes au sommet de la hiérarchie", indique un communiqué diffusé le 2 mai. "Deux femmes seulement figurent dans la direction de l'agence, qui compte une vingtaine de directeurs, détaille Florence Biedermann, adjointe au rédacteur en chef du service France. Pas une seule femme n'appartient à la rédaction en chef, seules 13 femmes figurent parmi les quelque 130 postes à responsabilité que compte l'agence dans le monde."
Ce n'est pas tout, poursuit le collectif. "Sur 54 postes de directeurs de bureaux à l'étranger attribués depuis janvier 2002 par un comité de rédaction exclusivement masculin, 52 sont allés à des hommes et 2 à des femmes (Kinshasa et Lisbonne)", précise la pétition. De même, "aucune femme n'a jamais été ni directrice régionale à l'étranger, ni rédactrice en chef centrale, ni directrice de l'information, ni PDG". Sans parler des disparités de salaires qui sont flagrantes.
"Je me réjouis que des femmes se révoltent enfin", se félicite Isabelle Germain, vice-présidente de l'Association des femmes journalistes (AFJ), elle-même journaliste à L'Usine nouvelle. D'autant que dans cet hebdomadaire, où un plan social est en cours de négociation, sur les onze postes qui vont être supprimés dix sont occupés par des femmes.
Ces femmes journalistes à l'AFP demandent l'ouverture de négociations entre les syndicats et la direction sur l'égalité hommes-femmes, comme le prévoit la loi Génisson de 2001, « avec comme objectif des rattrapages de carrière et l'accession équitable des femmes à des postes à responsabilité ».
La direction de l'AFP a indiqué dans une dépêche être "tout à fait consciente de ce problème qui constitue une préoccupation pour elle". Tout en se disant "ouverte à des discussions", elle n'avait donné, vendredi 20 mai, aucun rendez-vous sur ce point.
Cette situation reflète en partie ce qui se passe dans d'autres entreprises de presse. A titre d'exemple, au Monde, la rédaction au sens large, qui comprend aussi Le Monde 2 et Le Monde de l'éducation compte 327 journalistes, dont 186 hommes (57 %) et 141 femmes (43 %). Trente femmes sont présentes dans la hiérarchie, qui compte au total 91 journalistes.
Résolution 1438
du 28 avril 2005 du Conseil de l'Europe concernant
la liberté de la presse et les conditions de travail
des journalistes dans les zones de conflits
L’Assemblée parlementaire du Conseil
de l'Europe rappelle l’importance de la liberté
d’expression et d’information dans les médias
pour les sociétés démocratiques et pour
toute personne. Cette liberté constitue une valeur fondamentale
garantie partout en Europe par la Convention européenne
des Droits de l'Homme. Une situation de guerre ou de conflit
ne supprime pas la nécessité de la diffusion d’informations
adéquates par les médias ; bien au contraire,
elle la rend plus impérieuse encore. (à
lire ici)
Le rapport préliminaire du 26 avril 2005
et son projet de résolution peut être lu ici.
Au moment où
se développent les sites personnels et notamment les
blogs, il est apparu indispensable que la CNIL rappelle les
règles qui s’attachent à la diffusion sur
des sites web de l’image des personnes.
Info CNIL
du 29/03/2005
Parce que l’image d’une personne
est une donnée à caractère personnel, les
principes de la loi "informatique et libertés"
s’appliquent. La diffusion à partir d’un
site web, par exemple, de l’image ou de la vidéo
d’une personne doit se faire dans le respect des principes
protecteurs de la loi du 6 janvier 1978 modifiée. Ces
principes rejoignent les garanties issues du droit à
l’image.
D’une manière générale, la reproduction
et la diffusion de l’image ou la vidéo d’une
personne doivent respecter les principes issus du droit à
l’image et du droit à la vie privée.
Les principes
issus du droit à l’image:
Le droit à l’image permet à toute personne
de s’opposer - quelle que soit la nature du support utilisé
- à la reproduction et à la diffusion, sans son
autorisation expresse, de son image. L’autorisation de
la captation ou de la diffusion de l’image d’une
personne doit être expresse et suffisamment précise
quant aux modalités de l’utilisation de l’image
(pour quelle finalité l’autorisation a-t-elle été
donnée, quelles sera la durée de l’utilisation
de cette image ?). Dans le cas d’images prises dans les
lieux publics, seule l’autorisation des personnes qui
sont isolées et reconnaissables est nécessaire.
La diffusion, à partir d’un site web, de l’image
ou de la vidéo d’une personne doit respecter ces
principes.
Le non-respect de cette obligation est sanctionné par
l’article 226-1 du code pénal qui prévoit
un an d’emprisonnement et 45.000€ d’amende.
Pour autant, lorsque la capture de l’image d’une
personne a été accomplie au vu et au su de l’intéressée
sans qu’elle s’y soit opposée alors qu’elle
était en mesure de le faire, le consentement de celle-ci
est présumé.
La protection
de la vie privée:
L’article 226-1 du code pénal punit d’un
an d’emprisonnement et 45.000€ d’amende le
fait de porter atteinte à l’intimité de
la vie privée d’autrui en fixant, enregistrant
ou transmettant, sans le consentement de celle-ci, l’image
d’une personne se trouvant dans un lieu privé.
Pour autant, lorsque la capture de l’image d’une
personne a été accomplie au vu et au su de l’intéressée
sans qu’elle s’y soit opposée alors qu’elle
était en mesure de le faire, le consentement de celle-ci
est présumé.
Par ailleurs, l’article 226-8 du code pénal punit
d’un an emprisonnement et de 15.000€ d’amende
le fait de publier, par quelque voie que ce soit, le montage
réalisé avec l’image d’une personne
sans son consentement, s’il n’apparaît pas
à l’évidence qu’il s’agit d’un
montage ou s’il n’en est pas expressément
fait mention.
La loi "informatique et libertés" vient compléter
les garanties apportées par le droit à l’image
et le droit à la vie privée.
Les principes
de la loi "informatique et libertés":
Dès lors qu’elle se rapporte à une personne
identifiée ou identifiable, l’image d’une
personne est une donnée à caractère personnel.
Le traitement informatique de cette donnée (numérisation,
diffusion à partit d’un site web, etc.) doit s’effectuer
dans le respect de la loi "informatique et libertés".
On relèvera que la loi "informatique et libertés"
ne s’applique pas pour l’exercice d’activités
purement personnelles ou domestiques. A titre d’exemple,
la photographie d’un parent ou d’un ami par un appareil
photographique numérique ou par un téléphone
portable nouvelle génération et la diffusion de
cette image par courrier électronique, par MMS à
un nombre limité de correspondants ou par l’intermédiaire
d’un site web dont l’accès est restreint,
ne rentrent pas dans le champ de compétence de la CNIL.
De la même façon, la photographie et la publication
de photographies de personnes identifiables aux seules fins
de journalisme ou d’expression artistique ne sont pas
soumises aux principales dispositions de la loi du 6 janvier
1978 modifiée dans la seule mesure où ces exceptions
s’avèrent nécessaires pour concilier le
droit à la vie privée avec les règles régissant
la liberté d’expression.
La loi "informatique et libertés" s’applique
dans tous les autres cas (diffusion de l’image d’une
personne par l’intermédiaire d’un site web
ouvert au public par exemple) et conduit le responsable du traitement
à informer les personnes dont les images sont utilisées
de son identité, de la finalité du traitement
(diffusion de son image sur un intranet, sur internet, etc.),
des personnes destinataires des images et de l’existence
d’un droit d’accès et de rectification. Enfin,
l’article 38 de la loi reconnaît à toute
personne physique le droit de s’opposer, pour des motifs
légitimes, à ce que des données à
caractère personnel la concernant fassent l’objet
d’un traitement.
Ainsi, une personne qui contesterait, par exemple, la diffusion
de son image par un site web pourrait s’adresser soit
au juge en s’appuyant sur les principes du droit à
l’image (obligation de recueil du consentement), soit
à la CNIL, après avoir, en application du droit
d’opposition, demandé sans succès l’arrêt
de cette diffusion au responsable du site.
Enfin, on doit relever que la diffusion à partir d’un
site web ouvert au public de données à caractère
personnel (le nom d’une personne ou son image) constitue
un traitement automatisé de données à caractère
personnel et est soumise à l’obligation de déclaration
prévue à l’article 22 de la loi. 
Le correspondant presse : un régime
dérogatoire pour tenir compte de la liberté de
la presse
Info CNIL
du 08/04/2005
Afin de concilier la liberté de la presse
avec la protection de la vie privée, la loi du 6 août
2004 a introduit un régime dérogatoire pour les
traitements mis en œuvre à des fins de journalisme.
Les organismes de presse n’ont pas à déclarer
ces traitements mais doivent, en contrepartie, désigner
un correspondant à la protection des données.
La loi «informatique et libertés» modifiée
par la loi du 6 août 2004 accorde aux traitements mis
en œuvre à des fins de journalisme professionnel
un régime dérogatoire afin de concilier la liberté
de la presse avec la protection des données à
caractère personnel.
Ainsi les journalistes n’ont pas à informer au
préalable les personnes recensées dans leurs fichiers
ou ceux de la rédaction. Ces dernières ne peuvent
pas accéder ou rectifier les informations qui y sont
enregistrées, autrement que par l’exercice du droit
de réponse. Les fichiers peuvent contenir des données
sensibles (opinions politiques, santé, etc.) ou relatives
à des infractions ou condamnations sans qu’il soit
nécessaire de recueillir le consentement des personnes
concernées. Les journalistes ne sont pas soumis à
l’interdiction de transférer des informations vers
des États n’appartenant pas à l’Union
européenne et les informations peuvent être conservées
sans limitation de durée.
Enfin ces traitements n’ont pas à être déclarés
à la CNIL. Les autres traitements (gestion des abonnés,
gestion du personnel, prospection commerciale...) relèvent
du droit commun.
A l’occasion de l’avis qu’elle
a rendu le 24 mars, sur le projet de décret d’application
de la loi du 6 août 2004, la CNIL a précisé
quelle est, selon elle, la portée de la disposition qui
prévoit, en contrepartie de la dispense de déclaration,
la désignation d’un correspondant à la protection
des données «appartenant à un organisme
de presse écrite ou audiovisuelle».
La CNIL considère que le législateur n’a
pas voulu soumettre à ce mécanisme lourd les fichiers
individuels, par exemple les carnets d’adresse des journalistes,
mais seulement les traitements mis en œuvre collectivement
par un organe de presse (bases de données documentaires,
archivage des contenus publiés…). Il n’y
a en effet guère d’intérêt à
ce qu’un journaliste se désigne correspondant de
lui-même et tienne une liste de ses fichiers.
Elle estime donc que le journaliste ou le photographe, soit
pour l’ensemble de ses fichiers, s’il exerce de
manière indépendante soit pour les fichiers dont
il est le seul maître, s’il exerce au sein d’une
entreprise de presse, bénéficie sans conditions
de la dispense et n’a pas à désigner de
correspondant. Seuls les organismes de presse sont tenus de
le faire.
Au sein de ces organismes, le correspondant devra être
doté de la liberté d’action propre à
assurer son indépendance dans l’accomplissement
de la mission qui sera de tenir à jour une liste des
traitements mis en œuvre par la rédaction et de
veiller à l’application de la loi «informatique
et libertés».
Algérie : depuis la réélection
de M. Bouteflika, la presse est «uniformément correcte»
Article paru dans l'édition du Monde du 21.04.05
Plus d'un an après la réélection
du président Abdelaziz Bouteflika, le 8 avril 2004, le
changement le plus remarquable en Algérie concerne la
presse. Finies, les «une» survoltées, les
commentaires enflammés, les mises en cause publiques
du président et de ses proches, les grands tirages se
sont assagis. Si les caricaturistes continuent - en y mettant
un sérieux bémol - à entretenir un semblant
de flamme, l'heure est à la déprime, du moins
pour les plus gros titres très engagés en 2003
et au début de 2004 contre la réélection
d'Abdelaziz Bouteflika.
La mise au pas a été brutale au lendemain
du 8 avril. Le 24 mai 2004, Hafnaoui Ghoul, journaliste à
Djelfa (400 km au sud d'Alger) et militant des droits de l'homme,
est placé sous mandat de dépôt à
la suite d'une cascade de plaintes en diffamation. Il bénéficie
finalement d'une liberté provisoire le 25 novembre 2004.
Le rouleau compresseur est encore plus rude pour Le Matin,
le journal le plus en pointe du combat contre la réélection
de M.Bouteflika. Le 23 juillet 2004, il cesse de paraître,
ses locaux sont vendus pour payer une dette que le fisc exige
brusquement. Son directeur, Mohamed Benchicou, auteur, l'année
précédente, d'un pamphlet virulent contre le chef
de l'Etat, se retrouve pris dans une affaire d' "infraction
à la législation sur les changes". Il purge
depuis le 14 juin une peine de deux ans de prison, en dépit
de sérieux ennuis de santé. Depuis qu'il est sous
les verrous, M. Benchicou a été extrait plus de
vingt-quatre fois de sa cellule pour participer, en général
le mardi, à ce que les journalistes surnomment par dérision
le "club de la presse" du palais de justice.
Constamment divisés pour des raisons
politiques et idéologiques, incapables de se doter d'une
organisation syndicale fiable, les journalistes et les patrons
de journaux ne se rencontrent que dans les prétoires,
où les poursuites judiciaires ne se comptent plus. Face
à la reprise en main enrobée du sceau de la légalité,
la profession n'oppose pas de vraie résistance. La mobilisation
pour M. Benchicou ou pour dénoncer la reprise en main
de la presse ne se font guère plus qu'à l'étranger.
Le pouvoir n'a plus besoin de pratiquer la censure, les journaux,
soucieux d'éviter des poursuites judiciaires harassantes,
s'en chargent. Les écrits se font désormais déférents
et les critiques sibyllines.
Le pouvoir, lui, ne désarme pas. Le 29 mars 2005,
le président Bouteflika s'en est pris, une nouvelle fois,
aux écrits "d'une presse mercenaire et non professionnelle
qui défend le mal et monte l'opinion publique contre
les magistrats". Cette charge virulente n'a pas empêché
le journal El Watan, une semaine plus tard, d'évoquer
une "détente crispée" entre le président
et la presse algérienne.
Rachid Ksentini, le président de la Commission consultative
des droits de l'homme (gouvernementale), lui, est d'une franchise
désarmante : "La presse est de meilleure qualité
depuis l'élection présidentielle", a-t-il
déclaré récemment. L'affirmation de M.
Ksentini a fait rire jaune dans de nombreuses rédactions.
De meilleure qualité ? Les journalistes eux-mêmes
en doutent, mais la presse est effectivement plus "sage",
avec, de l'avis général, un retour dominant à
l' "uniformément correct".
Reste que le manque de professionnalisme est réel
en Algérie. Les universités ne préparent
pas au métier, et les journaux ne font pas école
non plus. Le commentaire politique, souvent incendiaire, prend
le pas sur l'information et le reportage. Par ailleurs, les
journalistes se sentent peu liés aux rédactions
pour lesquelles ils travaillent. Très souvent, ils sont
statutaires dans un quotidien et pigistes en même temps
dans d'autres organes pour arrondir les fins de mois. Résultat
: les journaux se ressemblent, et le nivellement se fait par
le bas.
A tout cela s'ajoutent de graves problèmes
d'éthique. L'affaire Khalifa en a été l'exemple
le plus parlant. Toutes les rédactions savaient, début
2002, que le groupe était en faillite, mais l'information
a été délibérément occultée.
Les liens entre les patrons de journaux et l'ancien patron du
groupe, Rafik Khalifa, ont joué au détriment du
devoir d'informer.
L'affaire Khalifa a été un véritable
« naufrage moral » pour la presse algérienne,
estime ainsi El-Kadi Ihsane, journaliste indépendant.
La presse algérienne regorge d'écrits aux relents
racistes, antisémites, ainsi que d'omissions dictées
par les amitiés politiques.
Une séparation d'intérêts
entre journaux et milieux d'affaires ? C'est rarement le cas
en Algérie. Le débat à ce sujet n'est même
pas encore ouvert.
Au Togo, un mois de silence radio pour
un éditorial
Article signé Philippe Bernard paru dans l'édition
du Monde du 22.04.05
Le papier timbré a été
déposé huit minutes avant le journal de 18 heures,
dans le bureau du directeur général de Kanal FM.
Incrédule, Modeste Messavussu-Akue, patron de cette radio
privée proche de l'opposition togolaise et qui relaie
certains programmes de la Voice of America, l'a lu à
deux reprises avant d'en réaliser la portée. Une
portée extrêmement concrète : le texte qu'il
avait sous les yeux lui intimait l'ordre de cesser les émissions
immédiatement, ce mercredi 20 avril et durant une période
d'un mois, pour avoir, l'avant-veille, diffusé "un
éditorial diffamatoire, tendancieux et injurieux".
L'injonction, signée du président de
la Haute Autorité de l'audiovisuel et de la communication
(HAAC), Georges Agbodjan, a été prise très
au sérieux, par crainte d'une intervention policière.
"On éteint les émetteurs juste après
un bulletin court!", a ordonné sans hésiter
le responsable de cette antenne qui se targue de compter parmi
les plus écoutées de la capitale togolaise. A
l'heure pile, le présentateur a lu minutieusement en
français, puis en mina, une langue locale, la décision
de la Haute Autorité. Aussitôt après, Kanal
FM s'est tue.
"Je m'attendais à tout sauf à cette
sanction totalement disproportionnée", a soupiré
M. Messavussu-Akue. Une erreur journalistique ne justifie pas
qu'on muselle une radio." L' «erreur journalistique»
avait été commise par le chef des programmes de
la station. D'une violence à peine enrobée dans
un langage fleuri, son éditorial de lundi accusait de
torture, de meurtre et de «gangstérisme»
certains responsables du régime. Parmi eux, le porte-parole
de Faure Gnassingbé, fils du général-président
Gnassingbé Eyadéma, qui régna d'une main
de fer sur le pays pendant trente-huit ans avant de s'éteindre
le 5 février dernier.
L'affaire menaçait, à l'évidence,
de raviver la tension entre le pouvoir et la radio rebelle,
déjà visée en février par une interdiction
lorsqu'elle avait voulu mesurer les limites nouvelles de sa
liberté après la disparition de l'homme fort du
Togo. Elle avait alors appelé la population à
se mobiliser pour refuser - finalement avec succès -
le coup de force qui avait permis à Faure Gnassingbé
de s'installer dans le fauteuil de son père. Après
l'éditorial contesté, Kanal FM, assure son directeur,
avait présenté ses excuses sur l'antenne, et les
associations de journalistes indépendants avaient publié
un communiqué appelant au respect des règles déontologiques.
Au ministère de la communication et de la formation
civique, l'incident est considéré comme dramatiquement
typique du risque d'exacerbation des tensions lié à
la couverture médiatique de la campagne pour l'élection
présidentielle du dimanche 24 avril, qui doit accoucher
du Togo de l'après-Eyadéma. "Si nous portions
plainte, les Occidentaux hurleraient à la "presse
bâillonnée : on nous aide à foncer vers
l'affrontement! Mais si l'HAAC n'intervient pas, où s'arrêtera
l'escalade ?", proteste-t-on au ministère, où
l'on justifie la règle en vigueur selon laquelle les
radios privées, "parce qu'elles ne couvrent pas
l'ensemble du territoire", ne sont pas autorisées
à couvrir la campagne électorale.
Un journaliste
français freelance a été arrêté
aujourd'hui dans la capitale du Bengladesh, Dacca, après
que la police des frontières l'ait accusé la semaine
dernière d'avoir utilisé un visa invalide dans
la province de Satkhira (sud du pays). Le C.P.J enquête
sur les circonstances de cette arrestation.
Traduit d'un article
du Commitee to Protect Journalist du 18.04.05
La police a arrêté Arnaud Mandagaran,
55 ans, et son guide indien, Mafizul Islam, alors qu'ils traversaient
la frontière à Bhomra, en provenance d'Inde, le
vendredi 15 avril. L'inspecteur de police Hadis Uddin a confirmé
à Reuters que les deux personnes avaient été
arrêtées "for suspicious movement." Le
lendemain, Mandagaran a été transféré
à Dacca pour y être interrogé.
According to the English-language Daily Star, Mandagaran arrived
in Bangladesh in late February on a six-month visa and soon
traveled to India to film a documentary about the Babri Mosque,
which was destroyed by Hindu fundamentalists in 1992. He did
not have a valid Indian visa on this trip, but had previously
been to the area to film documentaries about sectarian violence,
according to local news reports. The precise terms of his Bangladeshi
visa were not immediately clear.
Local sources tell CPJ that Mandagaran's camera and documents
were seized by police, and that he is being held in an interrogation
cell in Dhaka, where national and military intelligence agents
as well as police are due to question him for the next seven
days. Islam remains in custody in Satkhira.
The daily Bhohrer Kagoj reported that Mandagaran has been charged
with violating the Foreigners Act, which sets visa requirements
for foreigners.
"We are deeply concerned about the safety and well being
of Arnaud Mandagaran and Mafizul Islam, and call for their immediate
release," CPJ Executive Director Ann Cooper said.
Foreign journalists are required to apply for journalists' visas
in order to legally travel to Bangladesh. In 2002, two journalists
from Britain's Channel 4 television channel were detained, questioned,
and expelled for entering Bangladesh without valid journalists'
visas. 
April
18. A French freelance
journalist was being held for questioning today in the Bangladeshi
capital, Dhaka, after border police arrested him for alleged
visa violations last week in the southwestern Satkhira District.
The Committee to Protect Journalists is investigating the circumstances
behind the arrest.
From an article
of Commitee to Protect Journalist on April 18. 2005
Police detained Arnaud Mandagaran, 55, and
his Indian guide, Mafizul Islam, when they crossed into Bangladesh
from India at Bhomra on Friday. Police Inspector General Hadis
Uddin confirmed to Reuters that the two were arrested "for
suspicious movement." The following day, Mandagaran was
transferred to Dhaka for questioning.
According to the English-language Daily Star, Mandagaran arrived
in Bangladesh in late February on a six-month visa and soon
traveled to India to film a documentary about the Babri Mosque,
which was destroyed by Hindu fundamentalists in 1992. He did
not have a valid Indian visa on this trip, but had previously
been to the area to film documentaries about sectarian violence,
according to local news reports. The precise terms of his Bangladeshi
visa were not immediately clear.
Local sources tell CPJ that Mandagaran's camera and documents
were seized by police, and that he is being held in an interrogation
cell in Dhaka, where national and military intelligence agents
as well as police are due to question him for the next seven
days. Islam remains in custody in Satkhira.
The daily Bhohrer Kagoj reported that Mandagaran has been charged
with violating the Foreigners Act, which sets visa requirements
for foreigners.
"We are deeply concerned about the safety and well being
of Arnaud Mandagaran and Mafizul Islam, and call for their immediate
release," CPJ Executive Director Ann Cooper said.
Foreign journalists are required to apply for journalists' visas
in order to legally travel to Bangladesh. In 2002, two journalists
from Britain's Channel 4 television channel were detained, questioned,
and expelled for entering Bangladesh without valid journalists'
visas. 
L'info du 8 avril
Une chronique
d'Eric Fottorino dans le Monde du 12 avril
Autant le dire tout net : on ressort quelque
peu commotionné par cet opium du peuple qu'est devenue
l'information dès lors qu'elle s'empare d'un événement
planétaire ou jugé comme tel. Le tsunami et sa
vague si meurtrière de décembre avaient déclenché
une autre vague, médiatique cette fois, qui ne tua personne
mais finit par abrutir tout un chacun. Et on a ressenti quelque
peu monter cette nausée du trop et du trop long, ces
derniers jours, en visionnant en boucle les mêmes images
ou presque d'un Jean Paul II superstar dont la foule réclamait
dans un hallucinant happening rien de moins que la canonisation
immédiate.
Certains se sont penchés sur les choux gras prévisibles
de la presse dite "pipol", qui ne savait plus où
donner de la tête couronnée ou consacrée.
Un pape, et quel pape, rappelé à Dieu. Un prince,
bien nommé Rainier, emboîtant son pas céleste.
Et un autre prince bravant les foudres maternelles pour convoler
en noces tardives avec Camilla Parker Bowles. C'était
davantage qu'il n'en fallait pour assurer tirages et mirages
sur papier glacé. Mais il serait plus honnête de
dire que la plupart des médias, ces temps-ci, ont été
pris de cette frénésie pipolesque au nom de l'information.
Dans ces grands moments changés au propre comme au figuré
en grand-messes, on se demande si soudain la Terre s'est arrêtée
de tourner pour que tous les points de vue deviennent cardinaux
(et on ne parle pas seulement de ces petits hommes en noir à
coiffure violette qui éliront bientôt le nouveau
chef de l'Eglise).
Le regard se polarise. Les esprits se paralysent. Vous vouliez
du pape ? En voilà, distribution générale.
Et, puisque enterrer un pape, c'est presque raconter la vie
des saints, il n'est guère question d'ajouter une ombre
au tableau. Donc la messe est dite. Ce pape lutta contre le
communisme, contre le matérialisme ambiant, contre les
hommes de peu de foi, contre la maladie. Admirable Jean Paul
II, évidemment. Ceux qui voudraient faire remarquer les
silences du souverain pontife sur les ravages du sida n'ont
qu'à repasser.
Il est pourtant arrivé quelque chose d'important, le
8 avril, tandis que Jean Paul II gagnait sa dernière
demeure. Une élection présidentielle à
Djibouti, un pays très chaud où l'Afrique pousse
sa corne. On y trouve une base militaire française et
une autre américaine. On y trouve aussi un président
seul candidat à sa succession, qui a remporté
vendredi un semblant d'élection. C'est l'écrivain
djiboutien Abdourahman Waberi qui nous a interpellé avec
un texte annoncé ainsi : "Cher LE MONDE, j'espère
que cet article retiendra votre attention."
De Normandie, où il vit depuis quinze ans, Waberi écrit
: "Depuis des mois, le président sortant - Ismaël
Omar Guelleh - multipliait les sorties dans les quartiers de
la capitale Djibouti et dans les cinq districts de l'intérieur,
distribuant des subsides, des aides en nature et du khat, la
drogue euphorisante que les gens mâchent dans toute la
corne de l'Afrique et au Yémen." En se targuant
d'un taux de participation de près de 79 %, l'élu
s'enorgueillit d'un scrutin démocratique. L'opposition
conteste. On aurait aimé en savoir un peu moins sur le
pape, et beaucoup plus sur ce qui s'est vraiment passé
à Djibouti, le 8 avril, devant les urnes.

Un journaliste irakien blessé
en Irak
Traduit d'un article
du Commitee to Protect Journalist du 06.04.05
Le CPJ est profondément touché
par un incident qui s’est déclaré hier dans
lequel un journaliste free-lance oeuvrant pour CBS News a été
blessé par des tirs américains à Mossoul.
Les troupes de la 1ère brigade de la 25ème Division
d’Infanterie ont confondu la caméra du journaliste
avec une arme, indique dans un communiqué le commandement
de la Force multinationale en Irak. Le journaliste souffre de
blessures mineures à la hanche a indiqué un officier
à Associated Press. CBS indique que c’est un reporter
et un preneur d’images mais la chaîne n’indique
pas son nom par mesure de sécurité.
Le communiqué militaire indique que l’incident
s’est déroulé durant une altercation entre
les troupes US et un insurgé armé sur les lieux
où une voiture avait explosé dans la matinée.
"Durant l’altercation, un individu qui semblait porter
une arme et qui se trouvait à proximité de l’insurgé
a été visé et blessé" dit le
communiqué. "Il s’avère que cet individu
était un reporter qui tenait une caméra vidéo.
Il a été amené dans un hôpital militaire
pour y être soigné de blessures légères
et il va bien."
Le communiqué rajoute qu’une enquête est
en cours. Le CPJ essaye d’avoir plus d’informations.
Au moins 37 journalistes et 18 adjoints de presse ont été
tués en Irak depuis mars 2003. Les tirs américains
sont au moins responsables de la mort d’11 d’entre
eux. 
Le CPJ condamne les tirs sur une journaliste
mexicaine à la frontière avec les USA.
Traduit d'un article
du Commitee to Protect Journalist du 06.04.05
Le CPJ condamne l’agression dont une
journaliste mexicaine fut victime et qui est dans une situation
critique après qu’elle ait été touchée
par plusieurs balles devant sa station de radio, à Nuevo
Laredo, une ville à la frontière texane frappée
par une vague de violence liée à la drogue.
Dolores Guadalupe García Escamilla,
qui anime le programme "Punto Rojo" sur la station
de radio privée Stereo 91 a été frappée
de 9 balles, à l’abdomen, à la hanche, aux
bras et aux jambes, au moment où elle arrivait à
son bureau peu avant 8h00 hier, a déclaré au CPJ
le directeur de 91 News, Roberto Gálvez Martínez.
Un individu s’est approché de la journaliste alors
qu’elle garait sa voiture devant la radio, et a tiré
au moins 14 fois, rapporte la presse mexicaine. García
Escamilla fut emmenée dans un proche hôpital où
elle reçu des soins d’urgence.
Gálvez a indiqué que l’agression s’est
déroulée une demi-heure après que la radio
ait diffusé un reportage de Garcia Escamilla au sujet
d’un tir mortel lundi à l’encontre d’un
juge de Nuevo Laredo, reportage où il était question
de trafiquants de drogue. Garcia Escamilla est une journaliste
expérimentée qui a travaillé pour de nombreux
medias de la ville et elle s’occupait des crimes pour
Stereo 91 depuis 2001, a ajouté Gálvez.
Il a indiqué au CPJ que la voiture de Garcia Escamilla
fut incendiée devant sa maison en janvier dernier. Gálvez
a dit qu’aucun motif n’a été établi,
quoique la presse pense que ce soit en relation avec sa couverture
des crimes. García Escamilla avait déposé
plainte auprès du procureur local mais aucune action
ne s’en était suivie.
Nuevo Laredo, une ville de 500.000 habitants de la province
de Tamaulipas, fait l’objet d’une vague de violence
en liaison avec le trafic de drogue. Plus de 30 personnes ont
été tuées l’an passé, indique
le San Antonio Express.
La frontière américano-mexicaine est, pour les
journalistes, un des lieux les plus dangereux d’Amérique
latine. Deux journalistes frontaliers furent tués durant
qu’ils y travaillaient en 2004 indique le rapport du CPJ.
Le CPJ enquête aussi sur les motifs du meurtre de Roberto
Mora, directeur éditorial à Nuevo Laredo du quotidien
El Mañana, abattu devant son domicile le 19 mars 2004.
"Nous sommes outrés par les ignobles attaques dont
fait l’objet Garcia Escamilla" déclare Ann
Cooper, directrice exécutive du CPJ. "Nous appelons
les autorités mexicaines à mener une enquête
approfondie afin de rechercher les responsables et de mettre
fin à cette zone de non-droit dans la région frontalière
américano-mexicaine" 

L'information face à la communication
Article paru dans Le Monde du 29.03.05
Il y a soixante-dix ans, le 29 mars 1935, du
fait de l'impasse dans laquelle s'étaient enlisées
les discussions entre syndicats et patrons de presse pour élaborer
une première convention collective, les députés
et sénateurs ont su faire preuve d'audace pour doter
les journalistes d'un double statut d'auteur et de salarié.
Il s'agissait alors de permettre aux journalistes de travailler
librement et en conscience, de leur donner les moyens de résister
aux pressions internes ou externes dont ils peuvent faire l'objet.
Aujourd'hui, le contexte particulier et dramatique de la presse
et des médias exige une audace aussi grande pour empêcher
que les élus de la République ne se retrouvent
en situation de dépendance, et que le débat démocratique
ne soit confisqué par des puissances économiques
et industrielles liées aux commandes de l'Etat.
La presse, écrite et audiovisuelle, n'est pas une industrie
comme les autres, un journal ne se fabrique pas comme une paire
de chaussures. Nous pensons que le but principal d'un journal
n'est pas l'enrichissement de son propriétaire ou des
fonds d'investissement, ni que le rôle d'une chaîne
de télévision se résume à vendre
du temps de cerveau humain à un fabricant de soda. En
son temps, le rapporteur de la loi à l'Assemblée,
M. Brachard, l'a dit avant nous à la tribune du Palais-Bourbon
: «Un journal n'est pas une denrée assimilable
à toutes les autres denrées. L'industrie de la
presse, c'est autre chose que des cylindres qui tournent et
des bobines de papier qui s'impriment.»
Nous avons encore la faiblesse de penser que le journal quotidien
et le journal télévisé de 20 heures doivent
avant tout informer et éduquer le public et être
le nécessaire instrument de contrôle de la vie
publique.
Aujourd'hui, nous nous éloignons de cette conception
de l'information. Les mouvements de concentration entre les
mains de quelques groupes industriels ou de fonds d'investissement
ou de pension entraînent la profession dans une dérive
inexorable. Les coûts de recherche et de traitement de
l'information sont réduits ; les nouveaux propriétaires
des médias dictent des obligations en termes de profits
identiques à ceux des autres secteurs d'activité.
L'arrivée du groupe Dassault à la tête de
la Socpresse, l'ampleur prise par le groupe Lagardère,
l'expansion du groupe Ouest-France, le poids pris par les fonds
d'investissements Carlyle, Cinven, Candover dans les médias,
l'influence politique du groupe Bouygues dictant ses ordres
au gouvernement pour créer une chaîne d'information
internationale font peser de lourdes menaces sur l'information.
Nous avons la nette impression que le lobby patronal paralyse
toute velléité de légiférer.
D'ailleurs, le sénateur Serge Dassault avoue tout haut
ce que d'autres propriétaires de médias imposent
aux rédactions de façon plus insidieuse : la priorité
aux «idées saines». Nous devons nous soumettre
aux méthodes douces de la communication. Nous sommes
invités en permanence à privilégier les
«techniques de persuasion complexes et intimes»
directement inspirée des techniques du marketing depuis
que l'information est devenue un produit.
Dans de grandes régions, comme le Nord - Pas-de-Calais
par exemple, le groupe Dassault impose des pages communes à
ses trois titres, La Voix du Nord, Nord-Eclair et Nord Littoral,
dans lesquelles certains groupes de pensée sont interdits
de séjour. On s'achemine vers une région où
la pensée unique régnera sans partage puisque
La Voix du Nord vient aussi de racheter une télévision
locale, Canal 9.
Qui peut garantir aujourd'hui que la liberté d'expression
du journaliste ne sera jamais utilisée pour mentir, tromper
ou manoeuvrer ?
Le statut professionnel des journalistes de 1935 était
une formidable avancée démocratique. Par respect
du public, il était enfin reconnu à notre profession
les droits les plus élémentaires du code du travail,
ceux du code de la propriété intellectuelle, mais
aussi un certain nombre de droits nouveaux. Ce statut devait
nous préserver des dérives des employeurs tentant
de nous imposer d'écrire contre notre conscience. Il
s'agissait aussi, en faisant du journalisme un véritable
métier, avec un statut protecteur, de mettre les professionnels
à l'abri de toutes les pressions et de leur assurer des
garanties morales et matérielles. Les principales dispositions
de ce statut sont la clause de conscience, les indemnités
de congédiement, l'instauration d'une carte d'identité
professionnelle et les minima de salaires.
Aujourd'hui, les nouveaux dirigeants des médias martèlent
que le statut des journalistes, exorbitant du droit commun,
est un handicap pour l'économie de l'information. En
fait, l'information est surtout victime des erreurs de gestion,
et c'est la volonté de l'encadrer qui amènent
le lecteur, l'auditeur et le téléspectateur à
douter de ce qu'il lit ou entend comme des journalistes. Elle
est enfin malade des appétits démesurés
en matière de profits immédiats.
Ils n'hésitent pas non plus à dénaturer
certaines dispositions du statut du journaliste : le groupe
Dassault a transformé la clause dite de cession en un
vaste plan social. Cette variante de la clause de conscience
assimile le refus du journaliste de travailler avec le repreneur
du journal à un licenciement (avec le versement d'une
indemnité d'un mois de salaire par année d'ancienneté).
Plus de 250 journalistes ont refusé de travailler pour
Dassault. La Socpresse refuse de compenser ces départs,
fragilisant des rédactions déjà exsangues.
Les nouveaux patrons des médias mènent aussi des
offensives contre les droits d'auteurs des journalistes. Ils
sont pourtant l'un des moyens de nous opposer à la marchandisation
de l'information.
Les patrons de presse précarisent la profession, affaiblissant
les garanties matérielles et morales du statut. Tous
leurs efforts sont tendus vers un objectif : réduire
le nombre de salariés intervenant dans la fabrication
d'un journal écrit ou audiovisuel.
Les qualifications professionnelles sont également au
centre de leurs préoccupations, sous prétexte
de l'introduction dans les rédactions des technologies
numériques. Dans l'écrit, c'est le secrétaire
de rédaction qui est visé, c'est-à-dire
celui qui met en forme l'information, auquel on voudrait imposer
des tâches techniques supplémentaires et opérer
un sulfureux mélange entre les responsabilités
rédactionnelles de mise en forme de l'information et
de réalisation technique des pages. Dans l'audiovisuel,
le reporter devrait remplacer le technicien chargé du
montage, au risque de ne plus avoir le recul suffisant sur l'information.
Dans l'un comme dans l'autre cas, de lourdes menaces pèsent
sur la qualité de l'information livrée au public.
Notre métier, c'est l'information. Le journaliste ne
peut remplir sa mission sociale que dans la liberté garantie
par un statut de haut niveau.
Le Parlement a, dans la conjoncture d'aujourd'hui, le devoir
et le pouvoir de lui assurer cette indispensable liberté
en complétant le statut professionnel des journalistes
et la responsabilité de garantir le pluralisme en légiférant,
notamment, pour limiter les concentrations.
Article de Michel
Diard et Alain Goguey, paru dans Le
Monde du 29 mars 2005.
Vive la concentration des médias
!
Article paru Le Monde du 29.03.05
Depuis quelque temps, le microcosme médiatique
s'émeut d'une concentration croissante des médias
français. Le gouvernement vient de nommer une commission
de réflexion sur le sujet, tandis que ceux qui font profession
de criti-quer les médias agitent le spectre du monopole
de l'information, serpent de mer prêt à resurgir
à tout moment.
En économie comme en politique, la concentration des
entreprises est une menace, parce qu'elle peut conduire à
la constitution d'un oligopole préjudiciable à
la liberté d'accès au marché et à
la consommation ; cette menace est encore plus préoccupante
dans le secteur des médias, nécessaires à
la vie démocratique et à la diffusion de la connaissance
et de la culture ; toutefois, en France, la concentration des
médias est un faux problème.
Car, contrairement à une idée reçue, les
médias français sont peu concentrés, c'est
même la cause principale de leur faiblesse. Mais, comme
«une idée fausse est un fait vrai», chacun
y va de sa proposition anticoncentration. La mainmise de Serge
Dassault sur la Socpresse, l'entrée d'Edouard de Rothschild
en position de force dans Libération, l'absorption de
PVC par le groupe Le Monde et l'entrée de Lagardère
dans le capital de ce dernier, apparaissent en effet comme des
opérations financières mettant en cause l'indépendance
de la presse.
Pourtant depuis vingt ans, les médias français
vivent une période de déconcentration : l'Etat,
qui était le plus gros actionnaire et l'opérateur
quasi monopolistique des médias audiovisuels, a reculé
avec la loi du 29 juillet 1982 et les privatisations qui l'ont
suivie. De nouveaux acteurs sont apparus, non seulement en radio
et en télévision, mais également dans la
presse écrite : Bouygues, Arnault, Pinault, Dassault,
Rothschild, pour ne citer que les plus célèbres,
sont des acteurs récents des médias. Depuis deux
ans, les quotidiens gratuits bouleversent le paysage médiatique.
En outre, le groupe Hersant a été scindé
en deux, entre France-Antilles et la Socpresse, qui, elle-même,
revend une partie des titres acquis, tandis que la présidence
de Jean-Marie Messier à la tête de Vivendi a fait
exploser, en une myriade d'acteurs secondaires, le groupe CEP
communication, bâti avec acharnement durant plus de vingt
ans par Christian Brégou. Enfin, des investisseurs étrangers,
Bertelsmann, Emap, Pearson, sont arrivés sur le marché
des médias français. Dans ce panorama en constante
évolution, Lagardère Hachette est le seul groupe
français de dimension internationale. Il se renforce
dans les médias, à mesure qu'il se désengage
de l'armement, son métier d'origine. En bref, le marché
des médias français est très peu concentré.
La comparaison des chiffres d'affaires permet d'éclairer
l'analyse : en Europe, le secteur est dominé par deux
géants, Bertelsmann (20 milliards d'euros) et Murdoch
(18 milliards d'euros), qui ont une large part de leurs activités
en dehors du Vieux Continent. Lagardère, avec 14 milliards
d'euros de chiffre d'affaires, dont 9 milliards d'euros dans
les médias, est bien loin derrière.
Les groupes français font pâle figure par rapport
à leurs concurrents européens, dont le chiffre
d'affaires se compte en milliards d'euros : en Allemagne, Gruner
und Jahr, filiale presse de Bertelsmann est à 3 milliards
d'euros, Holtzbrink (2,7 milliards), Springer (2,7 milliards),
Burda (2,3 milliards) et Bauer (2,2 milliards) ne sont pas loin.
Au Royaume-Uni, Pearson (7 milliards), Reuters (5 milliards),
Emap (3 milliards) et Reed-Elsevier (9 milliards) dépassent
la moyenne européenne. En Italie, trois groupes, Mediaset
(6 milliards, Berlusconi, dont Mondadori, 1,6 milliard), RCS
(Rizzoli, Corriere della sera, La Stampa, 2,5 milliards), et
Espresso La Repubblica (De Benedetti, 1,1 milliard) ont acquis
une belle taille, tandis que des Hollandais, VNU (4 milliards)
et Wolters-Kluwer (4 milliards) et un espagnol, Prisa (1,5 milliard),
sont également présents dans le palmarès.
Certes, TF1 (2,8 milliards), France Télévisions
(2,4 milliards), Canal+ (1,5 milliard) et M6 (1 milliard) commencent
à exister dans le système médiatique européen,
mais la BBC à elle seule, avec 6,6 milliards d'euros,
pèse autant que TF1, FT et M6 réunis. En outre,
les opérateurs français sont très peu présents
en dehors de leur métier de diffuseur et hors des frontières
françaises.
Les groupes de presse les plus importants en France sont des
nains en Europe : Dassault sera bientôt à moins
de 1 milliard d'euros de chiffre d'affaires, Ouest-France, Amaury,
le groupe Le Monde, France Antilles ont un chiffre d'affaires
compris entre 500 et 700 millions d'euros, au même niveau
que les groupes suisses Edipresse et Ringier ou que les belges
Rossel et Roularta ou encore au niveau des filiales françaises
de Gruner und Jahr (Prisma) et d'Emap ; la plupart des grands
quotidiens régionaux ainsi que Bayard Presse ou le groupe
Nouvel Observateur sont entre 150 et 300 millions d'euros, sans
parler de Libération, qui se situe bien loin avec ses
73 millions d'euros de chiffre d'affaires. L'AFP est à
250 millions d'euros, 20 fois moins que Reuters. Et les nouveaux
venus sont encore petits : LVMH est à 170 millions avec
DI Group, Artémis est à 70 millions.
Les groupes européens et les fonds d'investissement ont
trouvé une place sur le marché français
parce que les groupes français étaient trop peu
puissants et pas assez concentrés pour pouvoir générer
des champions nationaux. En outre, les groupes étrangers
ont su bâtir des groupes multimédias, associant
quotidiens, magazines, radio et télévision ; en
France, en revanche, les groupes de presse sont restés
centrés sur leur secteur en déclin, car, faute
de capitaux, ils ne pouvaient investir au dehors. Les groupes
de télévision récemment créés
n'ont pas investi dans les autres médias. Seul Lagardère
est un groupe multimédia, mais il lui manque un pôle
télévision plus substantiel qui lui permettrait
de se mesurer à Bertelsmann ou à Murdoch.
Cette situation résulte de la faiblesse de la presse
française, qui a été restructurée
à la Libération sur des bases politiques, avec
peu de capitaux et une très faible rentabilité.
Les journaux ne rapportant pas de bénéfices, ils
n'intéressent guère ceux qui cherchent le profit.
Les entreprises de presse ne valent pas cher, ce qui permet
à des industriels ou à des financiers de s'acheter
un journal comme autrefois on se payait une danseuse. Mais,
le journal, comme la danseuse, coûte plus d'argent qu'il
n'en rapporte ; il faut donc que l'investisseur touche des dividendes
d'un autre type.
La faiblesse des groupes de médias favorise ainsi l'arrivée
de nouveaux venus (Bouygues, Arnault, Pinault, Dassault, Rothschild,
etc.), qui posent problème parce que ce sont des actionnaires
extérieurs aux médias. Ces derniers visent rarement
la création d'un groupe de presse ou de médias,
mais recherchent plutôt l'influence qu'ils espèrent
retirer de la possession d'un ou plusieurs titres. C'est là
une particularité française, qui ravale notre
démocratie au rang des puissances bananières.
A l'heure où l'Allemagne assouplit la réglementation
en matière de fusions et cherche à favoriser la
coopération entre les groupes de journaux ( Le Figaro
du 17 février 2005), un durcissement des lois sur la
concentration risque d'être inefficace, les lois existantes
suffisant largement à éviter la constitution d'oligopoles
; elle risque en outre d'être nuisible, en pénalisant
Lagardère, le seul champion français de taille
internationale.
La vraie question n'est donc pas celle de la concentration,
mais celle de la capacité des médias français
à fournir une information diversifiée et pluraliste.
Prenons l'exemple de Ouest-France, qui certes étend son
empire, mais n'a pas le monopole de l'information sur le grand
Ouest : même avec des télévisions locales,
il restera confronté aux régionales de FR3, aux
informations nationales des autres chaînes, aux quotidiens
nationaux, aux gratuits, aux magazines, aux multiples radios,
etc. Et la TNT ne fera qu'amplifier l'offre.
Par ailleurs, on voit mal un patron de journal imposer à
l'ensemble des rédactions de médias aussi différents
que la télévision et la presse quotidienne une
unité de vue destinée à manipuler l'opinion.
Arrêtons d'agiter de pseudo-épouvantails et affrontons
les vrais problèmes ; la diversité n'est pas en
péril à cause d'une prétendue concentration,
elle est en péril parce que les journaux, notamment les
quotidiens, ne sont plus rentables depuis des années,
parce qu'ils n'ont pas su constituer autour d'eux des groupes
multimédias d'une taille suffisante pour affronter les
chocs de la conjoncture et les évolutions des marchés.
Plutôt que de penser les médias en termes politiques,
il vaudrait mieux les penser en termes d'économie d'entreprise,
de taille critique, de rentabilité. Les quotidiens français
ne retrouveront pas de sitôt une rentabilité enfuie
depuis longtemps.
Il vaudrait mieux réfléchir à la question
principale : comment faire pour rentabiliser les groupes de
presse, afin qu'ils attirent des capitaux qui cherchent des
profits et non de l'influence, afin que les quotidiens prospèrent,
afin qu'ils puissent investir sur le Net pour y développer
de nouvelles formes d'audience ?
Article de Patrick
Eveno, paru dans Le
Monde du 29 mars 2005.
