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Pour ce qui est de la liberté d’expression, presque rien n’est tabou au Maroc
par Majdouline El Atouabi, article de Maroc-Hebdo du 18 mars 2005.
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Le journaliste marocain, souvent sous-payé, mal formé, continue à se débattre avec les problèmes.

Quelle image se fait-on du journaliste au Maroc actuellement? Personnage influent, introduit dans des cercles fermés au commun des mortels, le journaliste est également cette personne privilégiée car informée, dans un pays où l’information reste l’apanage d’une certaine élite. Parfois, il est aussi ce gratte-papier miteux, oeuvrant dans un milieu capricieux où la précarité du présent n’a d’égal que l’incertitude de l’avenir. En somme, le journaliste jouit au Maroc d’une image aussi mitigée que l’est sa profession. Une profession faite de hauts et de bas où la gloire côtoie souvent le désespoir et la déchéance. Car, au-delà du vernis des apparences, le journalisme marocain couve en son sein des niches de misères et nombre de défaillances qui se répercutent directement sur les conditions de travail des journalistes et sur leur rendement.
Un sondage largement évoqué lors des assises de Skhirat parle d’une fourchette de salaires variants entre un minimum de 1.500 Dirhams (135 euros) et un maximum de 9.000 dirhams (820 €) dans le milieu de la presse régionale et partisane.
Dans la presse arabophone indépendante, la situation n’est pas plus reluisante. En revanche, dans la presse francophone privée, la situation s’améliore sensiblement. C’est ainsi que la moyenne de salaires varie entre un minimum de 6.000 Dirhams (545 €) et atteint dans certains cas les 30.000 Dirhams (2720 €). Pour autant, n’allons pas conclure que la presse francophone soit épargnée par les problèmes. Loin de là. Bien plus que la presse arabophone, elle subit elle aussi le déficit de lectorat et l’étroitesse du marché. Un marché dominé par la presse étrangère, qui représente 54% des titres présents dans les kiosques marocains et qui se taille 22% du chiffre d’affaires global des ventes de la presse au Maroc. Elle subit en outre la concurrence acharnée des autres supports de publicité que sont la télévision, les panneaux d’affichage et les médias virtuels. En somme, même la presse francophone, souvent présentée comme l’enfant prodige de la presse marocaine, a son lot de problèmes.
Au fil des ans, la presse étrangère ainsi que des chaînes, telles qu’Al Jazeera ou Al Arabia, ont imposé un nouveau style journalistique. Ces médias ont en effet hissé la barre des attentes des lecteurs marocains en termes d’écritures à un niveau difficilement égalable, dans les conditions actuelles de l’exercice de la presse au Maroc. De son côté, le journaliste marocain, souvent sous-payé, de surcroît mal formé, continue à se débattre avec les problèmes de son secteur qui influent sur son rendement. Polyvalent, non-spécialisé et touche-à-tout, son style reste souvent en deçà des attentes des lecteurs marocains, qui exigent une écriture rapide, fraîche et concise, insistant sur l’information plutôt que le commentaire.

Intervenant à Skhirat lors des assises nationales de la presse qui se sont tenues les 11 et 12 mars, André Préfontaine, le président du Conseil de la presse canadienne, a beaucoup insisté sur la différence entre information et opinion: "Le journaliste doit éviter de confondre entre une opinion personnelle et une information susceptible d’intéresser le lecteur", a-t-il déclaré lors d’un atelier consacré à la nécessite de la formation continue pour hisser le journalisme marocain à de meilleurs niveaux. Une question qui beaucoup dominé les débats à Skhirat, tant le besoin est pressant. Actuellement, ce genre de formation est quasi inexistant dans les mœurs des entreprises de presses marocaines. Que ce soit dans les techniques de rédaction, de traitement de l’information ou simplement dans la langue, rares sont en effet les publications qui financent des cycles de formation au profit de leurs journalistes. Ceci reste de l’ordre de l’anecdotique.
Pour ce qui est de la liberté d’expression, presque rien n’est tabou au Maroc. Ce débat semble aujourd’hui dépassé. Lors des assises de Skhirat, on a même évoqué la question de ce qui est sacré et ce qui ne l’est pas. Présent sur place, Jamal Berraoui, journaliste, n’a pas manqué de déclarer que: "Le roi du Maroc est actuellement le chef d’État le plus maltraité par sa presse".
Lors de ces mêmes assises, le gouvernement, par la voix de son Premier ministre, Driss Jettou, s’est engagé à ce que les peines privatives de liberté pesant sur les journalistes soient supprimées. La problématique se situe donc ailleurs et elle tourne autour de deux pôles: liberté et responsabilité du journaliste. En somme une «liberté responsable», tributaire du respect de l’éthique de la profession. À cet effet, nombre de participants aux assises ont insisté sur la nécessité de créer une instance déontologique d’autorégulation du secteur de la presse, à l’image de la HACA pour l’audiovisuel. Il y eut aussi consensus sur la nécessité, non seulement d’améliorer la condition salariale des journalistes, mais également de les doter des outils nécessaires pour un meilleur rendement journalistique. Ce qui est l’objet même du contrat-programme, qui instaure un certain nombre de garanties que l’entreprise de presse doit présenter. C’est notamment le cas du salaire minimum des journalistes, de la couverture sociale et du minimum de journalistes qu’une rédaction doit compter, et qui a été fixé à sept. En contrepartie, l’État s’est engagé, par décision royale, à consacrer une enveloppe budgétaire annuelle de 50 millions de Dirhams (4.550.000 €) destinée à la mise à niveau des entreprises de presse, conformément à un contrat-programme visant la modernisation des structures et l’amélioration des conditions matérielles des professionnels du secteur.
Cette subvention bénéficiera aux entreprises qui s’engagent à respecter les dispositions de ce contrat-programme, relatives notamment à la transparence, au développement et à la modernisation des structures des entreprises de presse.

Article de Majdouline El Atouabi, paru dans Maroc-Hebdo du 18 mars 2005. Haut de page